CIU - Cercle Inter Universitaire




 

Respect et Dignité de l'Autre


Nous aurions pu proposer de faire intervenir ce soir un spécialiste reconnu de la robotique, ou un expert de ce qu’une mauvaise traduction fait qualifier en français d’intelligence artificielle. Nous aurions pu vous proposer un brillant exposé sur les progrès de la technique et des technologies.

Mais nous avons choisi d’aborder ce soir l’un des thèmes sur lesquels nous pouvons nous rassembler, quel que soit notre genre, notre rite, notre obédience ou notre degré. Je veux parler de ce que certains choisiront d’appeler humanisme et que, pour éviter toute référence civilisationnelle, culturelle ou spirituelle particulière, nous appellerons valeurs de l’humain.

Nous avons en effet proposé d’ouvrir ce cycle de réflexions ouvert à tous les membres de la C.I.U. en abordant l’une des valeurs essentielles de l’humain, celle de la dignité, et du respect dû à chacun.

Cette question nous concerne tous, Maçonnes, Maçons, ou simplement hommes et femmes soucieux de l’éthique et de ce que l’on a coutume d’appeler les bonnes mœurs. Elle présente des dimensions multiples, d’ordre philosophique, religieux, spirituel et juridique, et à ce titre elle est au cœur de notre réflexion, comme elle mérite d’être l’inspiratrice de nos actions.

Il y a deux siècles et demi, Kant énonçait que la dignité est le fait qu’une personne humaine ne doit jamais être traitée seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi.

On pourrait dire aussi qu’aucune personne humaine ne doit jamais être traitée comme un objet, mais seulement comme un sujet.

De là découle naturellement le respect que je lui dois, en même temps que la responsabilité qui revient à chaque être humain, en tant qu’être pensant, et ce, d’autant plus qu’il est libre de ses pensées, quand bien même il ne le serait pas de ses actes.

Quelle que soit sa naissance, quel que soit son parcours, toute personne a droit au respect absolu de sa dignité. C’est ce qu’exprimait, beaucoup plus près de nous, le philosophe Paul Ricoeur lorsqu’il écrivait, en 1988 : « quelque chose est dû à l'être humain du fait qu'il est humain ».

Le respect dû par chacun de nous à toute personne humaine est inconditionnel, quels que soient l'âge, le sexe, la santé physique ou mentale, l'identité de genre ou l'orientation sexuelle, la religion, la condition sociale ou l'origine de l'individu en question. 

Naturellement, j’entends certains dire, avec juste raison, qu’il convient de respecter non seulement tout être humain, mais aussi toute créature vivante, tout animal sauvage que l’on ne saurait tuer par plaisir, autrement que s’il est menaçant, non plus qu’un animal d’élevage, qui ne doit aucunement être maltraité.

Et j’entends tout aussi bien ceux qui font justement remarquer que c’est la nature tout entière qu’il nous faut respecter, car l’homme n’est qu’un élément d’un écosystème global, auquel les végétaux, les montagnes, les mers et les rivières appartiennent tout autant que nous, et à dire vrai depuis bien plus longtemps que nous.

Mais je vais ce soir concentrer mon propos sur la dignité de l’être humain en ce qu’elle a d’intangible, et sur le respect absolu qui est dû à chacun en cette qualité.

Et s’il fallait justifier cette focalisation, je vous dirais que seul semble-t-il l’homme tue, violente, dégrade et maltraite son prochain par cruauté, malice, plaisir ou désœuvrement, pour l’exploiter, voire au nom d’une idéologie extrémiste qui rejette l’autre simplement parce qu’il est l’autre, simplement parce qu’il est différent.

Un demi-siècle avant que la République en fasse sa devise, les Francs-maçons de la Grande Loge de l’époque avaient adopté ce triptyque que nous connaissons tous : Liberté – Egalité – Fraternité.

La liberté dont il est question ici doit être comprise dans toutes les acceptions du terme.

·      Nul ne doit être asservi, être l’esclave d’autrui, sous quelque forme que ce soit.

·      Nul ne peut être contraint dans sa pensée, sa croyance, son expression. Naturellement, cette liberté que chaque être humain peut revendiquer pour lui-même, chaque être humain doit la reconnaître à autrui.

Je suis libre de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, d’aimer – ou d’ailleurs de ne pas aimer – qui je veux, d’avoir telle opinion ou telle préférence politique ou spirituelle, et si je revendique ces libertés pour moi-même, je dois évidemment les consentir à autrui.

La liberté impose donc la réciprocité, la pluralité et donc la tolérance. Il est donc déjà question ici du respect d’autrui

L’égalité, le second terme du triptyque, est reliée au premier.

Dire que l’autre et moi sommes égaux, cela signifie en particulier que le point de vue de l’autre a la même valeur que le mien, même si je ne le partage absolument pas et même si je le considère infondé.

Je peux combattre le point de vue de l’autre s’il exprime une idée que je juge dangereuse, ou malfaisante ; cela ne doit pas m’empêcher de le respecter en tant que tel, et pour cette raison, de laisser l’autre l’exprimer.

Encore une fois, la réciprocité suppose simplement que je puisse – et même que je doive – exprimer à mon tour mon point de vue et le faire valoir.

Vous connaissez la formule prêtée à Voltaire, bien qu’il ne l’ait en réalité jamais prononcée :  « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer ».

Peu importe que le sage de Ferney n’ait jamais tenu ni écrit ces paroles, nous pouvons en faire nôtre le sens ultime : le droit de l’autre à exprimer son point de vue est égal au mien. Et c’est cette égalité qu’il m’importe de défendre.

L’égalité est une expression essentielle du respect de la dignité d’autrui : il faut affirmer en effet l’égale dignité entre les humains quelle que soit leur origine, leurs croyances, leurs convictions... La seule condition, je le répète, est que la dignité et la liberté de chaque individu soient respectées, la mienne y compris, ce qui veut dire réciprocité.

Et naturellement, on comprend bien que cette réciprocité, cette reconnaissance de l’autre comme une personne, nous amène à la notion de fraternité.  L’autre est mon frère, mon frère ou ma sœur en humanité.   A ce titre, je lui dois le respect que je revendique pour moi-même.

Et à la vérité, je ne peux revendiquer le respect pour moi-même que si je l’accorde à l’autre, quelle que soit sa différence.

Cette notion de la valeur de l’autre, quel qu’il soit, est pour nous fondamentale.

Peut-être certaines ou certains d’entre-vous se souviennent de l’excellent film de Ridley Scott inspiré d’un roman de Andy Veir « Seul sur Mars », avec Matt Damon. Comme souvent dans les œuvres de science-fiction, le synopsis peut nous amener à un constat qui vaut autant pour l’humanité que nous connaissons que pour d’hypothétiques temps futurs.

L’histoire, donc, est celle d’une première mission sur Mars, au cours de laquelle un astronaute est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais en fait, cet astronaute a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre.  Pendant qu’on s’active à la Nasa pour tenter de le sauver, ses coéquipiers, mis au courant qu’il est vivant, vont faire demi-tour malgré le véto formel de la Nasa pour le récupérer, au péril de leurs vies.

Trois constats, si vous le voulez bien, tous les trois reliés entre eux :

Premier constat : Nous sommes là devant ce qui sous-tend le thème de travail de notre cénacle : Techniques, technologies, valeurs de l’humain. Le progrès technique a permis d’envoyer des humains vers la planète rouge. La technologie permet d’annoncer l’imminence de la tempête, même si elle ne peut l’éviter. Et l’équipage n’est pas constitué de robots, programmés pour obéir aux instructions reçues, mais d’humains, capables de transgresser ces instructions, au point de mettre leur vie en danger pour sauver une autre vie, un autre humain. C’est bien là l’objet même du champ que notre cénacle espère explorer.

Deuxième constat : même s’il dispose de moyens et de technologies qui lui permettent de survivre, de se nourrir, de boire, de se protéger du froid glacial ou de la chaleur extrême, un humain cherche avant tout à communiquer, à échanger avec d’autres humains, à partager ses craintes comme ses espoirs. On se souvient ici des aventures de Robinson Crusoé.

Troisième constat : pour un humain normalement constitué, la vie d’un autre être humain, surtout s’il le connaît ou si simplement il peut le voir et l’entendre, a une valeur sacrée qui peut aller jusqu’à justifier qu’il se sacrifie pour lui. Pensons par exemple aux volontaires de la société de secours en mer, ou à nos sapeurs-pompiers.

On pourrait ajouter qu’aux deux âges extrêmes de la vie, aucun humain ne peut venir au monde ni survivre seul.

La valeur première intangible sur laquelle nous pouvons nous accorder est la valeur de l’autre.

Et puisque nous sommes conduits à vivre ensemble, il faut comprendre cette injonction comme « vivre tous ensemble ». Cela signifie agir en faveur de ce qui participe à accueillir, intégrer, inclure.

Cela signifie respecter en toutes circonstances la dignité de l’autre, quelle que soit sa différence, et même, s’il y a lieu, quelle que soit sa déviance.

Max de Haan, un franc-maçon néerlandais qui fût professeur de philosophie et recteur de l’Université de La Haye a écrit que la franc-maçonnerie recherche constamment ce qui unit les hommes et veut ignorer ce qui les sépare.

Chacun de nous croit connaitre les termes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pourtant, nous n’en faisons qu’une citation incomplète, tronquée : tous les êtres humains naissent tous libres et égaux en droits.

Restons-en là un instant, c’est-à-dire à l’égalité des droits reconnus à chacun.

Les instructions données aux policiers et aux gendarmes du RAID ou du GIGN sont de tout faire pour appréhender les criminels, meurtriers et autres terroristes, afin qu’ils soient remis à la justice et bénéficient, quelle que soit la gravité ou la barbarie de leurs crimes, d’un procès équitable, sans qu’il soit porté atteinte à leur dignité d’être humain, non plus qu’à l’intégrité de leur personne.

Les Francs-Maçons se définissent volontiers comme humanistes. L’humanisme est une attitude philosophique qui revendique pour chaque humain la possibilité d'épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines. 

Selon le Dictionnaire de l’Académie française, l’humanisme vise à l'épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité. 

La relation entre humanisme et dignité humaine est manifeste, immédiate. Répondant à un journaliste, notre Président Alain-Noël Dubart, qui fût il y a peu d’années, chacun le sait, Grand Maître de la Grande Loge de France, a eu cette formule explicite : C'est le respect de la dignité humaine dans la droite ligne de la pensée de Kant. Notre humanisme est celui de la Renaissance revisité par les Lumières ».

Il y a bientôt 13 ans, la Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Grande Loge de France a célébré le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cette célébration a été l’occasion d’un hommage particulier à René Cassin, Prix Nobel de la Paix, à qui l’on doit la finalisation du texte de la Déclaration Universelle adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Je voudrais attirer ce soir votre attention sur deux courts extraits.

D’abord les trois premiers paragraphes du préambule :

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression…

Puis l’article premier, celui que nous croyons connaître mais dont nous omettons en général deux éléments pourtant essentiels :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Car la liberté, l’égalité en dignité et en droits de tous les êtres humains ne sont que la conséquence du fait qu’ils sont tous doués de raison, tous dotés d’une conscience.
Et appartenant tous à la famille humaine, ils ne sauraient agir entre eux que dans un esprit de fraternité.

C’est sur ce fondement qu’a été rédigé il y a fort longtemps le premier paragraphe de la Constitution de la Grande Loge à laquelle j’appartiens : La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité et constitue une alliance d’hommes libres, de toutes origines, de toutes nationalités et de toutes croyances ayant pour but le perfectionnement de l’Humanité.

Les Francs-maçons, quelle que soit leur obédience ou le rite qu’ils pratiquent, savent qu’il est un temps pour la réflexion, et savent que la sagesse doit présider à toute construction, à toute action. Mais ils savent aussi que la conception doit être au service de l’action, et que celle-ci doit être poursuivie avec force, c’est-à-dire avec persévérance et détermination.

On pourrait, [JJZ1] diront certains, faire preuve de tolérance. Ils n’ont naturellement pas tort, mais la tolérance n’est que la première étape du chemin qui conduit à la pleine acceptation de l’autre.

Tolérer, c’est ne pas rejeter, c’est laisser se produire ou subsister une chose qu'on aurait le droit ou la possibilité d'empêcher, c’est aussi supporter avec patience ce qu'on trouve désagréable, injuste. Mais rien de plus, j’allais dire : rien de mieux.

Dans le cadre de l’émission que la Grande Loge de France propose sur France Culture un dimanche matin par mois, notre Frère Christian Roblin, qui préside aux activités du Collège Maçonnique, a trouvé une jolie formule pour exprimer l’idée que je vous propose de méditer : « la tolérance nous modère, le respect nous modèle, c’est-à-dire qu’il nous donne une forme qui nous érige en modèle d’humanité. »

Et d’ajouter, parce que respecter l’autre c’est entendre ce qu’il a à dire, c’est le laisser s’exprimer, quitte à lui porter la contradiction après l’avoir écouté : « L’écoute de l’autre…sans l’interrompre, quelle que soit son opinion, son origine, ses croyances ou non, C’est un préalable à un dialogue constructif, où chacun a le droit à la parole et s’enrichit de celle de l’autre. »

Cette notion de dialogue respectueux de l’autre résume en fait un des engagements essentiels de toute Franc-Maçonne, de tout Franc-Maçon.

Et c’est ce qu’exprime par exemple le nom du Fonds de Dotation de la Grande Loge de France, institution de mécénat qui a pour objet d’aider à réaliser une œuvre ou une mission d'intérêt général, dans l’écoute et le respect de l’autre.

Notre Fonds s’appelle en effet « Fraternité et Humanisme ». Il ne vous étonnera pas d’apprendre que son président délégué est notre TRF Alain-Noël Dubart !

Ne faisons pas preuve d’angélisme ni de naïveté : pour promouvoir la dignité et le respect de chaque être humain, le chantier est à l’évidence encore immense, qu’il s’agisse de lutter contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination.

Chacun de nous, dans sa vie propre, à l’échelle de sa famille, de son quartier, de son administration ou de son entreprise, peut – et en fait doit - aussi promouvoir des valeurs actives comme la tolérance, la bienveillance et la fraternité pour cimenter ce socle commun que constitue l’idée d’humanisme, ou plus simplement celle « d’humanité ». 

La liberté de pensée, la liberté qui doit être reconnue à chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, doit nous conduire à favoriser le dialogue entre laïcité, religions et spiritualités, sans a priori, sans exclusion d’aucune sorte.

En France plus encore qu’ailleurs, la plupart de nos obédiences sont à l’image de cette société, plurielle, accueillante à des adeptes de toutes les religions, catholiques, protestants, musulmans, juifs, … mais aussi de toutes les formes de spiritualité, comme le bouddhisme ou le taoïsme, tout autant qu’ouvertes à des agnostiques ou des athées.

Nous sommes le contraire d’une secte, puisque nous sommes attachés au respect absolu de la liberté de pensée de chacun. Nous n’avons pas de gourou. Nous sommes des associations selon la loi de 1901, et notre présidente ou notre président, que nous appelons Grand Maître, ou Grande Maîtresse est élu pour une durée limitée à quelques années tout au plus.

Il y a quelques années un Grand Maître de la GLDF, notre TCF Marc Henry, s’adressant à des étudiants et à des élèves des grandes écoles, avait déclaré : « l’appartenance à une loge de la Grande Loge ne saurait se limiter à la production de discours touchant à la solidarité, l’humanisme, la dignité, etc., aussi élevés soient-ils, mais bel et bien par la réalisation de projets concrets portés par le ou les frères dans le cadre des structures de la société qui est la nôtre. »

Là est, je le répète, l’essentiel. La réflexion n’a de sens que si elle est au service de l’action.

La Franc-maçonnerie que nous pratiquons est dite « spéculative », par opposition à la franc-maçonnerie « opérative » des bâtisseurs de cathédrales. Mais nous sommes nous aussi engagés sur un chantier exigeant.

Nous sommes en effet engagés à construire une humanité plus éclairée, plus juste, plus solidaire. Une société plus respectueuse de chacun.

La Franc-maçonnerie est discrète, même si elle n’est pas une société secrète.
Mais cela n’empêche pas les Maçonnes et les Maçons d’agir dans leur entourage, dans la cité, non pas selon des mots d’ordre qui leur seraient donnés, mais au nom des valeurs, des principes et des vertus qu’ils perfectionnent en loge.

Je voudrais, avant de conclure, partager avec vous sur l’un des thèmes qui font souvent l’objet de questions liées au thème de la dignité que nous abordons aujourd’hui.

Ce thème est celui du respect que l’on doit non pas à l’autre, mais à soi-même.

On peut ne voir là que narcissisme, auto-satisfaction et complaisance, mais c’est un peu court.
La fierté, l’amour-propre, une juste estime de soi, ne sont pas méprisables, au contraire.

Le personnage que je vois dans le miroir de ma salle de bains chaque matin est-il digne de mon estime, voire de mon respect, tandis que je suis le seul à pouvoir le juger en réelle connaissance de cause ?
Suis-je digne de ma propre estime ? Est-ce que je mérite la dignité à laquelle je prétends ?

Je peux tromper mon entourage, les autres. Je peux aussi me tromper moi-même.
Mais si je sais être honnête et sincère ne serait-ce que face à mon miroir, suis-je vraiment digne de me respecter moi-même, avant d’être respectable pour autrui ?   

Il est donc essentiel de se respecter soi-même, à sa juste valeur, à son juste mérite et en assumant ses propres insuffisances, ses propres marges de progression.

Car il va de soi que je ne suis pas parfait. Je cherche seulement à me perfectionner, à progresser plutôt qu’à régresser…  

La plupart des grandes obédiences françaises ne s'autorisent à alerter l'opinion publique que si de graves atteintes sont portées aux libertés fondamentales, à la dignité et aux Droits de l'Homme.

En plus de 37 années d’appartenance à la Franc-Maçonnerie, je n’ai été invité qu’à deux reprises à exprimer mon attachement à ces valeurs essentielles et sur lesquelles on ne saurait transiger, en marchant avec mes Frères, cordon ou sautoir en évidence, après l’attentat de la rue Copernic et après le drame de Charlie Hebdo.

On voit donc l’importance qu’ont à nos yeux ces thématiques essentielles.

*

*      *

Il est temps pour moi de conclure.

La dignité de l’autre est pour chacun de nous une valeur sacrée, sur laquelle on ne saurait transiger.

Respecter, faire respecter la dignité de chaque être vivant est un devoir absolu, un impératif catégorique.

Être reconnu, fût-ce et y compris dans sa différence quelle qu’elle soit, est un besoin vital de chaque être humain. C’est aussi un droit absolu, imprescriptible.

De ce droit découle que nul ne peut être un sujet, au sens d’une personne et non d’un objet, sans un autre qui reconnaisse sa dignité et les droits qui s’y attachent, au-delà de son altérité, quand bien même elle serait radicale.

Il n’est pas de sujet sans un autre qui le reconnaisse comme tel dans sa différence.

La première étape dans la reconnaissance de l’autre comme un être humain respectable en tant que tel, au-delà de l’humanisme en tant que doctrine, en tant que principe philosophique, c’est de s’efforcer de le comprendre, et à tout le moins de le connaître.

Reconnaître, c’est tenir pour véritable. Comment pourrait-on totalement reconnaitre l’autre comme l’un de ses semblables sans avoir cherché à le connaitre, à le comprendre, à savoir ce qu’est son histoire, ce qu’est son référentiel, ce que sont ses valeurs, ses principes ?

Connaître l’autre, c’est la première étape vers accepter l’autre, le respecter pour ce qu’il est, parce qu’il est.  C’est la première étape vers aimer l’autre.

Quelle que soit votre foi ou votre croyance, vous connaissez le commandement qui nous appelle à la fraternité : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Car tout, au fond, n’est qu’une histoire d’amour…

Et s’il fallait une raison pour que nous fassions tous de ce respect de l’autre et de sa dignité un élément central de notre propre vie, je citerai l’anthropologue Charles Gardou, qui dédie l’un des ouvrages qu’il a dirigé par ses mots :

A ceux qui croient que, faute d’apprendre à se reconnaître comme des semblables et à vivre ensemble en bonne intelligence, nous risquons de disparaître ensemble comme des sots.

Notre C.I.U. a pour objet de travailler sur les défis de notre temps et du temps à venir.

Qu’il s’agisse de l’éducation, de la biodiversité ou des technologies, nous sommes toutes et tous mûs par le désir impérieux d’œuvrer pour un monde respectueux de tout ce qui vit, ce qui implique en particulier de vivre et d’agir en conscience, condition première de la responsabilité.  

S’agissant de la société des hommes, à n’en pas douter, nous sommes toutes et tous désireux d’un monde plus juste, plus équitable, plus solidaire, respectueux de la différence de chacun, sous la seule réserve de la réciprocité.

Le respect de la dignité d’autrui est donc pour nous tous un engagement fondamental auquel nous ne saurions déroger.

 


Lundi 17 javier 2022

Jean-Jacques ZAMBROWSKI

Président du cénacle 3 : « TECHNIQUES, TECHNOLOGIE ET VALEURS DE L’HUMAIN »