CIU - Cercle Inter Universitaire




 

Edito de Pierre Chastanier : Migrants ou Naufragés ?


Le drame de l’Océan Viking et de ses 234 passagers qui arrivent ce matin à Toulon excite les passions entre la minorité de ceux qui voient en eux des « naufragés » devant être secourus par humanité en application du droit de la mer et la majorité (7 Français sur 10) de ceux qui auraient voulu que le bateau retourne vers le pays d’embarquement des « migrants » (en l’occurrence la Libye) pour ne pas entretenir le trafic d’êtres humains assuré par les « passeurs » compte tenu de l’impossibilité pour les pays européens d‘accueillir sans limite toute la misère du monde.

Peu importe pour ces derniers de prendre en compte les violences auxquelles ces migrants ont été soumis lors de leur séjour dans les prisons libyennes, ils estiment pour certains que l’Europe ne peut pas être envahie par un tsunami migratoire dévastateur, pour d’autres que la situation de nos propres déshérités devrait être notre seule et unique préoccupation.

A quoi bon discuter. Chacun trouvera ses propres arguments les plus convaincants et de crise en crise on rendra les choses suffisamment difficiles pour ralentir un phénomène inéluctable qu’aucun Gouvernement n’ose aborder de front ne voulant être taxé ni de néo-fasciste d’Extrême Droite ni d’idéologue immigrationniste d’Extrême Gauche !

Ceux qui refusent de prendre en compte la situation de ces ressortissants de nos ex-colonies africaines estiment n’avoir aucune responsabilité dans ce qu’ils appellent l’incurie des gouvernements nés de la décolonisation, corruption, incapacité de gérer leurs ressources naturelles, guerres ethniques, démographie galopante.

Ceux qui veulent ouvrir les portes de l’Europe « ad libitum » aux déshérités de toute la planète refusent d’en voir les conséquences (témoin la situation effrayante des migrants de la jungle de Calais ou des Afghans campant sous des tentes à la Porte de la Chapelle) 

La question raciale se pose indubitablement (témoin l’accueil sans commentaire de 3 millions de réfugiés d’Ukraine depuis le début du conflit face au rejet haineux de quelques dizaines de milliers de migrants d’Afrique venant le plus souvent du Sahel à travers la Libye où ils ont été soumis à des violences insoutenables (homicides, disparitions, viols, travail forcé, enlèvements, détention arbitraire)

L’UE le sait très bien même si elle continue à collaborer avec ce pays qu’elle a contribué à détruire avec l’aide des Américains (comme ces derniers hier avaient détruit l’Irak et comme la Russie aujourd’hui détruit l’Ukraine) ! Elle lui fournit des vedettes rapides et forme ses garde-côtes qui depuis 2016 ont capturé en mer et ramené en Libye dans le silence le plus total des belles âmes européennes 60.000 hommes, femmes et enfants !

Il y aurait bien une double solution mais qui voudra l’admettre par simple bon sens ? 

D’abord aider puissamment au développement de l’Afrique pour qu’elle vive en paix et devienne auto-suffisante du point de vue alimentaire car personne ne souhaite quitter son pays natal s’il peut y vivre convenablement et à cet égard il conviendrait d’augmenter l’aide au minimum des sommes actuellement dépensées pour la survie des migrants en Europe et mieux en contrôler l’utilisation, de créer des emplois en y installant nos usines et nos sous-traitants plutôt que de le faire en Asie du Sud-Est qui n’a plus besoin de nos commandes alors que déjà les Chinois sous-traitent à leur tour en Afrique !

Ensuite pour que les migrants qui continueront inévitablement à arriver puissent être secourus en mer, débarqués, nourris et soignés sans pour autant pénétrer officiellement sur le territoire européen où l’expérience montre qu’une fraction infime de ceux qui n’ont pas pu bénéficier du droit d’asile sera finalement expulsée, il conviendrait en France, en Italie, en Espagne et dans de nombreux autres pays européens ou existent déjà des enclaves (Au Maroc les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont déjà en Europe) et des territoires suffisamment peu peuplés et suffisamment vastes pour qu’on y installe des migrants dans des conditions plus humaines que les tentes d’Aubervilliers ou du XXème arrondissement de Paris sans qu’on puisse taxer ces territoires d’attente de camps de concentration.

Dans ces villages, les migrants pourraient vivre en paix, un temps, apprendre la langue du pays d’accueil potentiel, éduquer leurs enfants,  travailler pour assurer leur subsistance jusqu’au jour où ils seraient éventuellement autorisés à immigrer officiellement soit après instruction de leur dossier par reconnaissance d’un droit d’asile soit après obtention d’un contrat de travail auprès d’un employeur européen par la délivrance d’un titre de séjour temporaire leur permettant de faire vivre leur famille sans être aux crochets d’un assistanat social. 

Pierre Chastaner