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Edito de Pierre Chastanier : Questions au Gouvernement !


Une fois n’est pas coutume, en raison d’une insomnie j’ai regardé avant-hier sur « La Chaine Parlementaire » (ne serait-ce pas plutôt « La haine parlementaire ») la dernière séance de Questions au Gouvernement.

Invectives venant de la Droite (LR et RN), invectives venant de la Gauche (LFI, EELV, PC), questions à l’eau de rose de la majorité relative macronienne !

Sous l’œil amusé de la Présidente de l’Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, la Première Ministre Elisabeth Borne souvent interpellée laisse répondre Ministres et Ministres Délégués qui bien évidemment s’en prennent vertement aux insultes des Députés et démontrent à quel point leur action a été bienfaisante et efficace.

Pauvre spectacle qui, compte tenu du budget de l’Assemblée Nationale coûte tout de même 2 millions d’€ par jour !

Loin de là, à Rome, le Président très à l’aise dans ses apparitions à l’étranger semble ignorer que « la France fout le camp ! ». Tirs de mortier lancés par de jeunes lycéens contre la Police à Nanterre, queues persistantes en région parisienne pour se procurer du carburant, sombres perspectives de grèves dans nos centrales nucléaires au moment où l’hiver approche et où, inconscients des risques, nous avions tout misé sur l’électricité puis stupidement renoncé à développer nos centrales nucléaires.

Des drames récents nous rappellent notre incapacité à contrôler nos frontières et l’irresponsabilité de l’Europe à maîtriser les flux migratoires.

Cette Europe qui nous paraissait la garante de la paix, le lieu privilégié des coopérations, l‘aboutissement de la démocratie, est aujourd’hui un « machin » technocratique qui veut se mêler de tout, à qui on a stupidement abandonné des pans entiers de notre souveraineté, qui nous inféode servilement aux USA et finalement, en Yougoslavie hier, en Ukraine aujourd’hui, nous entraîne au contraire, sur le territoire européen, dans un conflit qui aurait peut-être pu être évité si nous, Français et Allemands, garants des accords de Minsk II, avions été à la hauteur de nos engagements et de notre indépendance pour maintenir le dialogue et la paix malgré la folie de Poutine.

Nous nous préparons à des jours sombres, inflation préoccupante, crise majeure de l’énergie, bouleversement des données géopolitiques où la Russie censée être sanctionnée pour son invasion inqualifiable de l’Ukraine trouve tout à coup des soutiens de toute la planète, unie contre l’Occident, cet Occident qui sous le parapluie américain donne au reste du monde le sentiment qu’il veut poursuivre sa domination néocoloniale.

On va faire des ronds de jambes en Algérie (Président puis Première Ministre) et on est incapable de résoudre ni les problèmes d’approvisionnement privilégié de pétrole et de gaz, ni même les simples livrets consulaires pour le retour au pays des délinquants et des clandestins.

On abandonne le Mali et la RCA en refusant de leur fournir des armes et on s’étonne qu’ils aillent s’approvisionner en Russie ou qu’ils invitent les milices de Wagner chez eux !

Sur notre propre territoire on reste impuissants devant les échauffourées de lycéens violents, de criminels clandestins, de Black Blocs débordant les services d’ordre de toutes les manifestations, de trafiquants qu’on laisse opérer en toute impunité, de professeurs incapables de faire respecter l’interdiction de signes religieux dans leurs établissements, de quelques poignées de grévistes paralysant la France entière.

Notre seule façon de régler les problèmes est d’émettre des chèques en bois (il n’y a pas d’autres mots puisqu’ils ne sont payés que par une augmentation vertigineuse de la dette).

Et pendant ce temps-là le Président Macron est visiblement très à l’aise, uniquement intéressé semble-t-il par les questions internationales qu’il estime appartenir à son domaine réservé.

Combien de temps tout cela va-t-il durer ?

Sans vouloir jouer les Cassandre, rôle bien peu souhaitable par ailleurs, je crains malheureusement le pire si les grèves persistent, si le pouvoir d’achat s’effondre, si les pénuries s’installent, si les désordres dans les quartiers difficiles ne sont pas maîtrisés.

Le Gouvernement peut tenir au Palais Bourbon grâce au 49/3. Ce fût longtemps le cas pour Michel Rocard ou pour Manuel Valls, tant que le désordre à l’Assemblée n’était pas relayé dans la rue car ni la Droite ni la Gauche ne semblent prêtes à s’unir dans une motion de censure qui pourrait déclencher une dissolution !

Mais tout à une limite et jamais depuis longtemps les protestations n’ont touché un si large éventail de la société.

La mondialisation et la financiarisation de l’économie, enrichissant les riches mais désindustrialisant le pays, la santé confrontée à une gestion malthusienne des professions médicales entraînant des déserts médicaux insensés et des hôpitaux débordés, l’enseignement à la traîne au 23ème rang du classement PISA, l’agriculture asservie par les centrales d’achat de la grande distribution, les infrastructures autoroutières plusieurs fois payées par les péages des Français vendues comme bijoux de famille à des fonds de pension étrangers, la fonction publique, incapable pour réduire ses effectifs pléthoriques dus à l’électoralisme d’améliorert sa productivité, la police dégoûtée et lasse, les pompiers hébétés d’être pris eux-aussi pour cibles … quand tout cela finira-t-il ?

Si la France est incapable d’entendre des leaders politiques, des penseurs, des pédagogues de tous ordres exposer leurs visions des choses puis de décider ensuite souverainement du cap qu’elle veut choisir, alors bientôt elle ne sera plus « qu’une petite lumière qui s’éteint ».

Pierre Chastanier