CIU - Cercle Inter Universitaire




 

Edito de Pierre Chastanier : Hausses de salaires ?


 

Je ne veux pas revenir sur les salaires réels ou supposés des 150 employés de Total qui bloquent la France depuis 3 semaines ni sur le salaire mirobolant de leur PDG qui, entre nous, est bien stupide de le publier alors qu’il aurait tous les moyens de se faire payer …ailleurs, mais sur la vraie question qui se pose à nous : dans un pays incapable de dialoguer mais affamé d’égalité quelle politique salariale intelligente pourrait-on mener pour éviter que chaque affrontement ne finisse dans la rue et attire les casseurs !

Chacun est bien conscient du fait qu’en période de forte inflation (5.3% attendu pour 2022), l’indexation des salaires sur les prix qui peut paraître raisonnable conduit obligatoirement à une nouvelle poussée d’inflation qui exigera une nouvelle hausse des salaires conduisant à une boucle inflationniste sans fin.

Le Gouvernement en est bien conscient mais n’a trouvé comme solution que le coûteux bouclier tarifaire qui n’avantage pas les pauvres par rapport aux riches (c’est même stupide puisque les riches consomment plus que les pauvres) et l’indexation du SMIC sur l’inflation qui tasse l’échelle des salaires vers le bas et rend même obsolète les minima de branches.

La fonction publique elle-même est touchée puisque la revalorisation du point d’indice est inférieure à l’inflation (3.5% après des années de gel).   

Comment faire ?

Il faut bien évidemment revaloriser les salaires :

·        Par un coefficient dégressif (maximum pour le SMIC (1266 € net par mois en 2022 ) puis décroissant progressivement jusqu’à la moyenne des salaires (2238 € net par mois en 2022),

·        Par une échelle mobile des charges sociales et patronales favorisant les métiers où les offres d’emplois ne trouvent pas preneurs (hôtellerie, restauration, bâtiment …),

·        Par l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices des sociétés (partant de 0% pour les sociétés tout juste à l’équilibre et de plus en plus élevé jusqu’à 33% pour celles qui constatent des superprofits qui pourraient être ainsi distribués égalitairement entre Etat, Actionnaires et Salariés)  

·        Par une incorporation des primes (intéressement et participation) au calcul des retraites.

Les dispositifs non pérennes comme les chèques divers successifs aux coûts de gestion faramineux (rentrée scolaire, primes carburant, prime chauffage, augmentation des tickets restaurant) ne sont que des cautères sur une jambe de bois !

L’élévation monstrueuse du coût de l’énergie dû à l’affrontement russo-américain en Ukraine multiplie les signaux d’alerte chez les artisans (combien de boulangers vont fermer ?) et chez les PME (combien ne pourront pas rembourser les PGE du Covid ?)

Comme d’habitude, la Gauche demande un « Grenelle des salaires » alors que chacun comprend bien que des solutions doivent être trouvées entreprise par entreprise pour éviter des dépôts de bilan en cascade !

Mais voilà, comment des solutions intelligentes pourraient-elles être trouvées alors qu’en période préélectorale les syndicats (qui pourtant ne représentent que 8.7% des salariés du secteur privé mais 19.8% de ceux de la fonction publique) ne cherchent qu’à montrer l’architecture de leurs muscles striés !


Pierre Chastanier