CIU - Cercle Inter Universitaire




 

Edito de Pierre Chastanier : Dissuasion !


Le propre de la dissuasion nucléaire est que chacun au moment où il s’apprête à franchir le pas décisif sait très bien ce qui va arriver aux deux camps !

Les sous-marins nucléaires tapis au fond des mers peuvent faire disparaître en quelques secondes New York et Washington, Moscou et Saint-Pétersbourg et le monde, sidéré, comme il le fut à un degré moindre le 11 septembre 2001, finira par se figer dans un silence mortel et oubliera l’Ukraine.

Certes la Russie a utilisé dans le passé des armes nucléaires tactiques de faible puissance mais le Kremlin n’ira sans doute pas tout risquer, Crimée, peut-être, mise à part, pour des territoires récemment annexés car il sait très bien qu’il ne suffit pas de les déclarer Russes dans les conditions où se sont déroulés les référendums pour qu’ils méritent le sacrifice suprême.

Il en serait sans doute tout autrement si les frappes ukrainiennes touchaient le territoire russe historique. On n’en est pas là mais on voit bien qu’on commence à jouer avec le feu.

Espérons qu’au-delà des rodomontades médiatiques, Russie, USA et Ukraine mènent des pourparlers secrets pour que cessent les massacres, ceux des populations civiles dévastées et ceux des soldats des deux camps et pour que l’imbroglio politique et diplomatique dont on ne voit plus l’issue trouve une solution acceptable par les parties car si l’Amérique veut détruire la Russie avant d’affronter la Chine, et si l’Europe suit incapable de s’interposer, l’apocalypse nucléaire qu’annonce le Président Biden ne sera pas loin.

Or, c’est toujours avec l’ennemi qu’on doit négocier.

Personne évidemment ne peut considérer un vote comme sincère sous la menace d’une arme mais c’était déjà le cas en 2014 lors des premières déclarations séparatistes et l’ONU a été bien incapable d’organiser en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes une consultation démocratique sous la protection des casques bleus ni en Crimée ni au Donbass

La Russie, même si elle est habituée à souffrir depuis un siècle, commence à être exsangue. Bien sûr elle est soutenue par les forces anti-occidentales qui refusent un monde soumis unilatéralement à la Pax Americana. Mais dans le gros des bataillons, la Chine elle-même prend en compte ses intérêts économiques puissants avant d’affronter les USA.

Certes de nombreux scénarios intermédiaires sont possibles mais on voit bien avec les tirs répétés de la Corée du Nord pourtant sanctionnée par l’Occident au moins autant que la Russie que l’idée suprême de dissuasion fait peu à peu place à des menaces localisées !

Témoigner en faveur de l’intangibilité des frontières est pour la Chine la façon diplomatique de revendiquer l‘appartenance de Taïwan à l’Empire du Milieu.

L’Europe qui s’aligne totalement sur la position américaine à la manœuvre (sans les soutiens américains armes, argent, satellites, formation des pilotes en Pologne,… les avancées des forces ukrainiennes seraient évidemment beaucoup moins spectaculaires ) doit peser de toutes ses forces pour que s’organise dans les meilleurs délais un cessez-le-feu sur les bases par exemple d’une protection onusienne des Républiques séparatistes pendant plusieurs années le temps pour leurs habitants de rentrer chez eux et dans le cadre d’un nouveau plan Marshall de reconstruire le pays tout en exigeant de la Russie qui est l’envahisseur une dette de guerre à la hauteur de ses destructions payable par exemple en gaz et en pétrole !

La paix revenue, il serait alors temps de demander aux ukrainiens russophones de ces territoires (russophones mais plus forcément russophiles) de choisir leur destin, rester ukrainiens, devenir russes ou devenir indépendants.

Mais il y aura toujours des faucons qui ne craindront pas l’apocalypse !

L’humanité a déjà été détruite de nombreuses fois. Ce ne serait qu’une fois de plus avant le retour à l’âge de pierre ! 
Pierre Chstanier