CIU - Cercle Inter Universitaire




 

Des Partis « pris » !


Pour le Général De Gaulle, l’élection présidentielle était la rencontre entre une personnalité et le peuple ! Encore faudrait-il pour celle-ci, en paraphrasant sa mordante remarque à l’encontre d’Albert Lebrun*, qu’il y eut une personnalité (Bertrand ? Hidalgo ? Jadot ?), et un peuple alors que le nôtre est aujourd’hui éclaté en de nombreuses composantes semble-t-il irréconciliables !

Dans la tradition de la Vème République jusqu’à l’arrivée d’Emmanuel Macron, deux grands partis structuraient le jeu présidentiel, l’UMP et le PS.

L’expérience des Primaires de 2017 a été un remarquable fiasco que personne n’a envie de reproduire aujourd’hui même si les EELV s’y sont encore astreints avec le résultat qu’on connait !

En soi, elles représentaient tout de même un système de départage démocratique mais il aurait fallu que, comme aux USA (Démocrates et Républicains), chacun affiche clairement son appartenance à un Parti et ne puisse pas voter à des Primaires opposées (ce qui avait entraîné à Droite, comme je l’ai largement démontré,  le triomphe en 2017 de François Fillon contre Sarkozy et Juppé !)

Le candidat ou la candidate (puisqu’il faut paraît-il renoncer au neutre masculin !) devrait être tout naturellement le Chef (la Cheffe !) du Parti. C’est le cas aujourd’hui pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, tous deux sur un gigantesque déclin (Pour MLP déjà de 25 à 16% et ce n’est pas fini, pour JLM de 19 à 9% ce qui explique ses tentatives désespérées de pêche aux voix) mais aux  LR et au PS les Chefs sont aux abonnés absents et la seule résilience de ces formations réside encore dans leurs bastions municipaux, départementaux et régionaux.

Avec Emmanuel Macron, hier et Eric Zemmour, aujourd’hui on voit donc apparaitre des Partis personnels qui évidemment, même s’ils peuvent permettre de gagner une élection auront du mal à se pérenniser sur le terrain.

A quand le Parti de Marion Maréchal, d’Arnaud Montebourg ou de tous ceux qui pourront trouver des mécènes leur apportant non pas de l’argent frais mais une garantie bancaire de 8 millions d’€, somme  qui sera intégralement remboursée par l’Etat au seuil du premier tour s’ils dépassent les 5% de suffrages exprimés.

On voit ici le poids potentiel des lobbies financiers, ceux-là même qui ont lancé Emmanuel Macron en 2017 et ceux peut-être qui épaulent aujourd’hui Eric Zemmour à moins que le soutien populaire qu’il revendique ne mette sérieusement la main à la poche !

Notons d’ailleurs que ni Xavier Bertrand ni Anne Hidalgo ne pourraient être candidats sans les fonds de leurs Partis respectifs !

Or, si cette nouveauté des partis personnels, ouverts aux lobbies (Sait-on qu’Edouard Philippe et Emmanuel Macron se sont rencontrés chez les « Young Leaders » fondation privée américaine dont le représentant en France n’est autre qu’Henri de Castries, Président d’AXA), permet la mise sur orbite de personnalités « sans parti » elle prive la démocratie des structures de discussion, d’échanges, d’élaboration de programmes, appuyées sur des gestions locales que ces partis ou rassemblements représentaient dans le passé.

La conduite des affaires de l’Etat, à l’heure de la concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un « Monarque Républicain » (De Gaulle au moins, par ses Referendums, qui en appelait régulièrement au peuple, partit immédiatement en 1969 lorsqu’il estima avoir perdu sa confiance. Et Jean-Luc Mélenchon croit avoir inventé les Referendums révocatoires !!!)

Engagez-vous, rengagez-vous disaient les Légionnaires d’Astérix !

Que ce soit dans les Partis ou dans la forme plus confidentielle des Think Tanks la mobilisation des intelligences et des volontés est nécessaire à la vie démocratique.

Souhaitons qu’elle ne devienne pas la solution exclusive et facile des lobbies oligarchiques car pour celui qui accepte leur soutien, tôt ou tard il faudra payer l’addition !

 

* « Le président Lebrun prit congé. Je lui serrai la main avec compassion et cordialité. Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État. »

Charles de Gaulle : Mémoires de guerre, Le Salut

Pierre Chastanier