CIU - Cercle Inter Universitaire




 

D’où viens-je, où cours-je,
dans quel état j’erre ?


 

J’ai voulu atténuer la gravité du sujet que je vais traiter par un titre un peu fantaisiste !

Bien sûr l’esprit de tolérance qui nous habite m’amène à redire à quel point je respecte les croyances ou les incroyances de chacun et ce qui va suivre n’est donc qu’un point de vue parmi d’autres.

Seule la levée du voile de la mort confirmerait ou infirmerait mon impression. Malheureusement je ne pourrai pas revenir pour vous en faire part !

Au cours de sa vie, chacun est amené à de nombreuses reprises à se poser la question : Qu’y a-t-il après la mort ?

On ferait mieux  en toute logique de commencer par la question : Qu’y a-t-il avant la naissance ?

Mais déjà la seule réponse qu’on peut apporter à la deuxième question renseigne sur la plus probable réponse à la première !

Avant la naissance, tous les atomes qui vont progressivement élaborer l‘être qui va s’édifier progressivement pour devenir nous, après la rencontre des gamètes de nos géniteurs, sont déjà présents depuis a nuit des temps dans la Nature.

« Rien ne se perd, rien ne se créée, tout se transforme » disait déjà Lavoisier en reprenant la maxime d’Anaxagore.

Des simples atomes apportés par notre alimentation ou par l’air que nous respirons aux constructions les plus complexes qui vont se bâtir sous la commande des ARN messagers envoyés dans les ribosomes par notre ADN nucléaire, tous sont déjà là et ne feront que s’organiser au sein de nos organes pour remplir des fonctions, certes éminemment complexes, mais déjà programmées par ce code génétique qui caractérise notre espèce, lui-même fruit d’une évolution permanente dans le phylum du règne animal sans qu’on en comprenne bien le sens : « Hasard ou nécessité » comme l’évoque le concept téléologique repris à Démocrite par Jacques Monod.

Chacun d’entre nous n’est donc qu’une organisation architecturale momentanée de cet ensemble hétéroclite, organisation certes qui va déboucher sur l’avènement de la pensée, source de toutes nos interrogations mais qui, une fois lancé le processus d’apoptose et la catalyse post-mortem, redonnera un ensemble disjoint d’atomes et de molécules, qui ne sera plus nous et qui tôt ou tard sera réutilisé ailleurs lors de la construction de nouveaux édifices dans l’un des trois règnes minéral, végétal ou animal.

Admettons même, bien que la chose soit totalement impossible, que cet ensemble d’atomes issu de notre cadavre resserve à la construction d’un nouvel être humain, celui-ci, conçu  selon une toute autre recette génétique et épigénétique n‘aurait bien entendu rien de commun avec nous !

Quand on s’attarde sur la généalogie, on constate que chacun est le point de convergence de tous les ascendants qui l’ont précédé et le point de divergence de tous les descendants qui naîtront de ses enfants s’il en a. Bref une simple conique qui aurait dû conduire Blaise Pascal dans son fameux Essai mathématique, composé à l’âge de 16 ans, à moins parier sur l’avenir !

Mais Dieu dans tout cela ?

En s’organisant depuis son émergence du monde animal, la société humaine, bien avant Thomas Hobbes, s‘est vite aperçue que si elle n’érigeait pas une Loi morale d’airain pour la guider, l’homme resterait éternellement un loup pour l’homme (bien que les loups ne se mangent pas entre eux !).

C’est certainement de cette prise de conscience progressive qu’est née ce que l’on a ensuite appelé la « Tradition primordiale » déclinée sous des formes pas très différentes chez les Védas, le Livre des morts égyptien, l’Ancien Testament, les Evangiles, le Coran et tous les ouvrages sacrés passés et à venir qui se succèdent pour ritualiser la vie des hommes.

M’inscrivant dans une civilisation gréco-latine et judéo-chrétienne que je reconnais mienne, je vois dans les Prophètes successifs des dispensateurs de petits cailloux qui jalonnent la route des hommes comme dans le conte des frères Grimm, même si leurs enseignements n’ont pas toujours débouché sur des sentiers de paix.

Que ceux qui en sont restés à la « querelle du Filioque » qui divisa les Eglises grecque et romaine au VIIème siècle continuent à se demander si Jésus est le Fils unique de Dieu ou le fils du Dieu unique ou si le Saint-Esprit procède du Père seul ou du Père et du Fils me laisse franchement indifférent.

Devant la grandeur de l’Univers et les craintes qu’il lui inspirait, l’Homme ne pouvant s’expliquer comment fut créé le monde, s’est créé un Dieu (des Dieux) qui a créé le monde !

Le mystère du système poule-œuf nous tracassera encore longtemps ! 

Spinoza et la Nature (Deus sive Natura) Voltaire et son horloger ( L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait point d'horloger)  , Nietzsche et son surhomme (Ainsi parlait Zarathoustra) , tous ceux qui interrogent les religions (déistes ou théistes) passés et à venir ne feront sous des formes différentes que renommer la « Tradition primordiale » évoquée ci-dessus, règle impérative que la société humaine a conçue pour sa seule sauvegarde et qui, aujourd’hui encore, est bien mise à mal (guerres, pollution) par l’individualisme omniprésent qui s’est emparé de nous. 

Mon opinion est faite. S’il survit à son égoïsme l’homme de demain dominera peut-être l’Univers en conquérant l’espace, vivra peut-être des siècles s’il contrôle ses télomères mais tant que la recette humaine restera la même, elle continuera d’être ce qu’un Sultan avait compris des explications des savants à qui il avait demandé de lui raconter l’Histoire des hommes : « Ils naquirent, ils vécurent, ils souffrirent, ils moururent ! »

Cette fin inéluctable et sans perspective nous pousse-t-elle à négliger nos semblables comme le fait la ploutocratie oligarchique qui, plus que jamais, dirige le monde ou nous ouvre-t-elle à la Charité prônée par les religions lorsqu’elles ne sont pas déformées par des fondamentalistes fanatiques qui s’en servent comme d’un instrument de pouvoir ?

Chacun répondra à cette question en fonction de la mémoire du passage sur terre qu’il souhaite laisser aux autres hommes. Socrate buvant la cigüe accepta la sentence bien que se défendant des accusations dont il était l’objet. Il œuvrait pour son immortalité !

Faut-il pour autant nier l’importance des religions ?

Sûrement pas car sans Loi morale la « Bête » renaîtrait vite en l’homme. N’est-elle pas présente en bien des endroits ? 

On se rappelle par exemple de ce qu’il est advenu chez les pirates somaliens. C’était au départ des pêcheurs bien tranquilles qui vivaient des poissons qu’ils prélevaient dans l’Océan indien. Un jour des multinationales vinrent à Mogadiscio corrompre des dirigeants politiques qui ne demandaient que ça pour leur proposer de stocker sur leurs rives des produits chimiques hyper toxiques. Peu après les pluies entraînèrent vers la mer ces véritables poisons et les réserves halieutiques locales ne résistèrent pas longtemps. Pour survivre il ne resta plus aux pêcheurs qu’à devenir pirates !

Les religions doivent cependant s’adapter aux évolutions rapides de l’espèce.

Deux exemples :

Le Catholicisme qui malgré toute la bonne volonté du Pape François a bien du mal à se réformer (célibat des prêtres, ordination des femmes, communion des divorcés, contraception, ouverture communautaire aux laïcs, lutte contre la pédophilie, dialogue inter-religieux, présence dans le monde…)

L’Islam, dominé aujourd’hui par la puissance financière des Emirs wahhabites du Golfe qui veulent l’utiliser pour soumettre l’Occident et refusent d’interpréter ses dogmes selon notre époque (égalité des sexes, tolérance, blasphèmes, fin des oppositions internes entre chiites et sunnites…)

Ces religions vont-elles perdurer (Le culte de Philae s’est maintenu pendant 3 millénaires) où vont-elles céder la place à d’autres formes de croyance dont le Télé évangélisme américain donne une image possible ?

Que vous placiez votre confiance en l’Homme en acceptant le fait de ne pas connaître la cause des choses (Felix qui potuit rerum cognoscere causas) ou en Dieu, qui est une autre façon sans doute plus poétique de masquer votre ignorance, cela ne changera pas grand-chose.

Après la mort, la boucle sera bouclée. Il n’y a rien à espérer pour notre cadavre mais tout à espérer pour que les générations humaines qui nous succèderont poursuivent notre quête.


Pierre Chastanier