Les saturnales 21/12/2019
   

La tradition des Saturnales

Dans de nombreux pays de notre hémisphère, la célébration des solstices, notamment celui d'hiver, donne lieu à des fêtes pratiquées depuis des temps immémoriaux avec des rites propres à chacun, possédant néanmoins des symboliques fortes en partage. Les traditions du nord de l'Europe sont réputées et bien connues de tous

Mais le Sud n'est pas en reste... Et je vous propose de découvrir LA fête la plus importante de l'année pour les romains - de l’antiquité, je précise... les Saturnales.

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Une connotation sulfureuse est depuis toujours attachée à cette célébration qui était effectivement extrêmement festive, dans tous les sens du terme, un peu Ibizza avant l'heure... Pourtant sa symbolique sous-jacente a inspiré les civilisations suivantes, à tel point qu’elles ont fidèlement repris une grande partie de ses rites.

Mais avant de partir faire la fête, un petit détour du côté de la mythologie s'impose. Les Saturnales, comme le  nom l'indique, célébraient Saturne, une ancienne divinité romaine des de l’agriculture, des semailles et des récoltes qui présidait au solstice d’hiver, et était en sommeil le reste de l’année. « deus otiosus, dieu inactif ». Il était représenté par un vieillard tenant une faux à la main, allusion aux moissons mais aussi au temps qui passe et fauche les vivants, car au fil des siècles, sous l’influence de la culture grecque, il fut assimilé à Cronos, le Temps.

Fils d’Ouranos le Ciel et de Gaia la Terre, ce Titan avait la mauvaise habitude de dévorer ses enfants car un augure lui avait prédit qu’il serait détrôné par un de ses descendants.

Comme vous le savez tous, Zeus/Jupiter échappa à cette mort certaine, grâce la ruse de sa mère qui fit avaler une pierre à son géniteur. Vainqueur de ce dernier, lors de la guerre qui les opposa, il le chassa de l’Olympe et l’exila sur terre. Devenu un simple mortel,  Saturne/ Cronos se réfugie en Italie dans le Latium et devient un souverain exemplaire dont le règne est considéré comme l’Age d’Or de l’humanité, un temps heureux où régnaient l’égalité entre les hommes, l’abondance et la douceur de vivre.

Les Saturnales, qui commémoraient ce temps béni, se déroulaient, durant le solstice d’hiver et duraient à l’origine une seule journée, en principe le 17 décembre… mais d’autres dates seraient envisageables, le 14, le 15 ou le 16…

Leur durée a ensuite varié au cours des siècles, trois jours sous Auguste, quatre sous Caligula,  sept jours à l’époque de Cicéron et de Claude etc…

Donnant lieu à de grandes réjouissances populaires souvent effrénées…, elles sont considérées comme la fête de référence de la Rome antique que tous les romains attendaient avec impatience. Et vous allez comprendre pourquoi…

Durant cette période, le temps est suspendu. Toutes les activités s’arrêtent, écoles, boutiques, tribunaux, exécutions, guerre, labeurs divers…Même les séances du Sénat sont interrompues. C’est la trêve dans la vie quotidienne. Plus personne ne travaille, mais chacun s’active à préparer dignement les festivités.

On nettoie et purifie les maisons qui sont décorées de feuillages et de branchages verts tels que le houx, le gui, le lierre, et d’objets fabriqués à cette occasion.

Des banquets somptueux se préparent à l’occasion desquels on échange des cadeaux divers, des porte bonheurs, du miel, des gâteaux, de l’or…

Et on gâte spécialement les enfants en leur offrant des jouets sous forme de figurines en terre cuite ainsi que de petites sommes d’argent, l’équivalent de nos étrennes.

L’ambiance est particulièrement festive, on se réunit pour des repas en famille et entre amis, on boit en faisant des libations à Saturne, on chante, on danse, on joue, on fait la fête…

Dans ce joyeux déchainement, même les barrières sociales explosent…

Car, durant les Saturnales, les codes stricts de la société romaine s’inversent, les hiérarchies sociales et les conventions morales sont bouleversées.

En souvenir de l’Age d’Or où l’esclavage n’existait pas, les esclaves ont le droit de parler et d’agir librement, de prendre même la place de leurs maitres et ceux-ci, inversement, les servent généreusement car tous se retrouvent à la même table.

Les Saturnales se célèbrent sous le signe du partage, de la générosité, de la détente jusque dans la façon de se vêtir en abandonnant la toge pour la tunique, de la liberté d’expression, de l’abondance et des réjouissances… parfois jusqu’à l’excès, d’où la réputation quelque peu licencieuse qu’elles gardent encore aujourd’hui.

Alors que leur symbolique est riche d’enseignement et source de réflexion et d’inspiration.

Tout d’abord, celle de cette période de l’année, au cœur de la nuit la plus longue, où les graines enfouies commencent à germer, en prélude à la moisson future et à la prospérité des récoltes.

Une nuit qui marque le retour de l'allongement des jours et, symboliquement, la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Une incitation à nous recentrer sur nous même, à nous livrer à une introspection fructueuse pour faire jaillir de nouvelles énergies, indispensables à notre progression

Le temps de la renaissance après la mort, une mort symbolique, comme dans le Cabinet de Réflexion lors de notre Initiation

Ensuite, l’inversion des rôles et des codes sociétaux qui nous rappelle à l’humilité, car « tout ce qui est en haut est en bas » et inversement.

La vie peut vous mener du Capitole à la Roche Tarpéienne et le Vénérable Maitre redevient Couvreur…

Mais plus joyeusement, elles évoquent le côté festif de nos agapes, ces moments privilégiés de partage, où nous portons des libations, célébrons notre fraternité et échangeons librement en pleine convivialité.

Enfin, si les Saturnales, au fil des siècles, ont disparu au profit de la célébration du  culte de Mithra, le Dieu Soleil « Sol Invictus » puis du Christianisme, elles ont légué  à la religion chrétienne leur symbolique et leurs traditions toujours vivantes, celles d’une trêve annuelle, d’une parenthèse magique où le quotidien se ré-enchante avec les préparatifs de ces célébrations : la décoration des maisons,  la verdure avec le houx et le gui, les échanges de cadeaux, les repas conviviaux en joyeuse compagnie, la place donnée aux enfants etc…

L’Epiphanie est l’héritière des Saturnales et nous rappelle l’universalité de ces rites, si profondément ancrés dans notre inconscient collectif qu’ils se juxtaposent les uns aux autres, telles les strates de fouilles archéologiques, perdurant ainsi depuis des millénaires pour illuminer nos années et nos vies.

Béatrice P

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