Mon beau sapin 21/12/2019
   

Tradition du sapin

« Mon beau sapin, roi des forêts

Que j'aime ta verdure

Quand par l'hiver, bois et guérets

Sont dépouillés de leurs attraits

Mon beau sapin, roi des forêts

Tu gardes ta parure »

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/43/Weihnachtsbaum_R%C3%B6merberg.jpg/330px-Weihnachtsbaum_R%C3%B6merberg.jpgComme vous l’aurez compris, je vais, en ce soir de solstice d’hiver, vous conter l’histoire de l’un des plus beaux symboles des fêtes de fin d’année : celui du sapin de Noël. Le Solstice d'hiver est le moment où la terre est la plus éloignée du soleil, le moment où la nuit est la plus longue. Après les jours rallongent. Cette fête marque le début du triomphe de la lumière sur les ténèbres. Les chrétiens, imitant en cela le culte de Mithra, ont choisi de faire naître le christ cette nuit-là. Les Druides profitent des cérémonies de ce solstice pour honorer le Gui, symbole d'immortalité, de vigueur et de régénération physique. Le sapin de Noël est un prolongement de la symbolique du gui auquel il se rattache ou se confond dans les mythes.

 

Le solstice d’hiver marque une renaissance après une mort symbolique. La nature est désormais « dépouillée et réduite à la nudité ». Cette période nous aide à l’apprentissage de l’humilité et à la reconnaissance envers les cadeaux reçus chaque année. L’homme doit trouver en lui la lumière intérieure pour remplacer la lumière extérieure qui n’est plus. « C’est le sommeil de la Terre, un temps de gestation ». Il faut mourir pour renaître, tout comme la graine tombée en terre à l’automne et qui commence à germer en se décomposant. Cela n’est pas sans nous rappeler notre passage dans le cabinet de réflexion lors de notre initiation.

 

Les arbres peu à peu se déshabillent de leur manteau vert, les fleurs se meurent peu à peu. Le sapin de Noël quant à lui poursuit son chemin de vie, conserve sa belle robe naturelle, confortant l’idée même d’une stabilité, d’une rigueur verticale qui permet aux forces de transition cyclique d'établir leur pouvoir sans être dispersées. Cela n’est pas sous nous rappeler notre fil à plomb, symbole de verticalité, d’élévation, de perfection de soi et d’ascension spirituelle.

 

Le sapin de Noël est à ce titre une image de l'arbre cosmique, l'axe du monde sur lequel repose les différents mondes. Dans la tradition germanique cet axis mundi se nomme Irminsul, et dans la tradition nordique il est Yggdrasil, l'arbre cosmique de l'Edda, qui plonge ses racines dans les profondeurs du monde souterrain, des enfers, traverse le disque de la terre en son centre pour se déployer dans la voûte céleste, comme une puissance protectrice qui dispense la vie à tous les êtres. Il est le garant de l'ordre cosmique des choses.

 

L’arbre de Noël est lié à la tradition païenne Celte qui l’associe au solstice d’hiver du 21 décembre. En effet, les Celtes avaient pour habitude d’associer à chaque mois lunaire un arbre. Rappelons que Noël connait plusieurs étymologies possibles, celle issues du Celte « noïo hel » ou de la langue germanique Neue helle qui signifie « Nouveau soleil » ou « Nouvelle clarté ».

 

Les Celtes adoptaient un calendrier lunaire pour lequel chaque correspondait à un arbre. Décembre était donc le mois de l’épicéa, « Ailm » en Celte, arbre de l’enfantement. Il avait étéchoisi pour célébrer la naissance du soleil qui a lieu le 24 décembre selon les Celtes.

 

Au moment de la Réforme protestante, impulsée le 31 octobre 1517 par Martin Luther, les protestants vont combattre l’idolâtrie qui s’était développée. Ils vont alors tenter de valoriser la symbolique de l’arbre dont le lien avec le thème de la chute humaine et de la Rédemption est attesté dans les écritures, l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. C’est ainsi que va se développer une coutume apparue quelques siècles plus tôt au XIe siècle qui mettait en scène, dans les églises, des représentations de la tentation d’Ève. L’église était à l’occasion ornementée avec des pins décorés de pommes, celles de la tentation.

 

Ce sont les protestants en 1560 qui développèrent la tradition du sapin de noël pour se démarquer des catholiques. Au XVIIème et XVIIIème siècle apparaissent les premiers sapins illuminés. Ces lumières qui décorent encore aujourd’hui nos sapins de Noël, sont une figuration de la lumière emprisonnée du soleil solsticial, une lumière qui ne demande qu'à être libérée et à renaître. Au sommet du sapin est placée une étoile, rappelant pour les chrétiens l'étoile de Bethléem qui guida les rois mages vers le lieu de naissance de l'enfant Jésus. Quant à nous francs-maçons, elle peut évoquer l’étoile flamboyante, symbole de connaissance, d’harmonie physique et terrestre, céleste et spirituelle.

 

A l’instar du houx et du gui, le sapin fait partie des plantes qui restent toujours vertes. Le sapin ne meurt pas en hiver, il garde sa robe verte alors que les autres plantes perdent leur feuillage et entrent dans une mue, une petite mort, prémices à la renaissance du printemps. Le sapin est un symbole de la vie qui perdure au travers de la mort, de la vie qui revient chaque année de manière cyclique.

 

Il porte un message d’espoir : celui du printemps qui reviendra. La couleur verte du sapin n’est-elle pas celle d’ailleurs associée à l'espoir ? Le sapin est un symbole d'immortalité et d’universalité. Dans la tradition païenne germano-nordique, l'If et le sapin avaient la réputation de faire fuir les mauvais esprits, les démons de l'hiver, car en tant que « toujours vert » et symbole d'immortalité, ils sont ennemis des forces du chaos et de la mort. Il incarne la vie et la fécondité. Des légendes germaniques rapportent que l’arbre planté à la naissance d’un enfant devait être son compagnon durant toute sa vie.

 

Cette planche sur le sapin de Noël, roi des forêts, arbre de vie, est l’occasion de célébrer la vie, l’harmonie et la pureté de la nature dans son ensemble, celle qui connaît la renaissance de son cycle au solstice d’hiver. « Notre monde est un fait végétal avant d’être un fait animal ». La célébration du sapin de Noël, c’est la célébration du monde végétal, animal, et de la nature dans son ensemble.

 

Si les plantes sont dotées d’une intelligence collective et sensible, cela veut dire que l’intelligence et la sensibilité ne sont pas purement humaines. Existe-t-il une « âme collective » de la nature, celle que Carl Gustav Jung appelle « inconscient collectif » ? Nous vivons une époque de catastrophes et d’incertitudes écologiques sans précédent. Nous devons respecter et vivre en harmonie avec la nature car c’est elle qui contribue aux équilibres naturels du monde, c’est peut-être pour cela que l’on parle « d’arbre de vie » ou plutôt devrions-nous prochainement parler « d’arbre de survie » ?

 

Chez certains poètes et philosophes, l’arbre est un symbole de pureté puisqu’il part des profondeurs pour gagner la lumière. Nietzsche fait dire à Zarathoustra : « Il en est de l’homme comme de l’arbre.

 

Plus il veut s’élever vers les hauteurs et la clarté, plus profondément aussi ses racines s’enfoncent dans la terre, dans les ténèbres et l’abîme - dans le mal ». Une fois de plus, cela n’est pas sans nous rappeler notre V :. I :.T :.R :.I :.O :.L. : « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la Pierre Cachée. ». Au fond, le sapin de Noël par sa capacité à puiser au plus profond de lui -même pour s’élever, n’a t-il pas trouvé la Lumière et n’est-il pas un parfait exemple de pureté, d’humilité, de Sagesse, de Force et de Beauté à suivre pour nous tous francs-maçons ?

 

Notre rôle en que tant que FM :. est de contribuer, à notre échelle, à préserver la vie et les équilibres sur Terre, tant sur le plan spirituel que sur le plan physique, de veiller au respect de la Nature, des animaux et des individus quelques soient leurs différences et leurs origines, de célébrer ce soir, ensemble, l’espoir et la renaissance, et d’enraciner au plus profond de nos cœurs et de nos âmes les valeurs universelles d’amour, de joie, de paix, de liberté, d’égalité et de fraternité !

 

« Vive le vent, vive le vent, Vive le vent d'hiver !
Qui s'en va, sifflant, soufflant, dans les grand sapins verts ! »

 

Valentin R

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