C-I-U            Pages-texte            S'abonner        Masquer Menu           Smartphone
Weblettre

Edito de Pierre Chastanier : Les malheurs de la guerre 3/3/2022
   

Les malheurs de la guerre   

Personne ne peut se réjouir des malheurs de la guerre ou des erreurs des hommes. Et pourtant que d’incompréhensions, d’intérêts contradictoires, de manipulations, de mépris pour les déshérités, tout cela face à des dictatures sanguinaires, des impérialismes égoïstes, des peuples sous tutelle, des migrants ignorés…

Quelques remarques sur ce qui a été fait et qui n’aurait pas dû l’être :

D’abord et avant tout la décision sanglante de Poutine d’envahir l’Ukraine au mépris d’un peuple longtemps frère, de son propre peuple qui souffrira des sanctions économiques, des dirigeants du monde mystifiés (Macron en tête), du risque d’évolution du conflit vers des tragédies innommables…

Mais auparavant, le non-respect par les Européens et les Américains des accords de Minsk garantissant la neutralité permanente de l’Ukraine (comme de la Finlande, de l’Autriche, de la Suède ou de la Suisse) ressentie par les Russes comme une provocation permettant d’installer des missiles à leur frontière (On se souvient de Kennedy à Cuba).

La décision stupide des Ukrainiens en 2014 au lendemain du coup d’Etat d’interdire le Russe comme seconde langue officielle alors que c’est la langue de 38% des Ukrainiens

Les violences qui ont suivi le référendum de Crimée votant à 96% en 2014 son rattachement à la Russie et les attaques consécutives par l’armée ukrainienne des habitants du Donbass (14.000 morts !) lorsque ceux-ci à défaut de l’autonomie promise décidèrent de s’ériger en Républiques séparatistes.

La provocation irresponsable envers la Russie des instances européennes consistant à démarrer le processus d’association de l’Ukraine à l’OTAN en l’instaurant comme partenaire stratégique et en organisant avec les USA des manœuvres militaires sur son territoire.

Le maintien même de l’OTAN, alliance militaire disposant de la force nucléaire comme l’a si intelligemment rappelé M. Le Drian (!), après la dissolution de l’URSS en 1991 et l’adhésion ultra rapide à cette organisation, sous l’injonction américaine, de 15 Etats de l’ex-Pacte de Varsovie, dissous, lui, dont certains comme l’Albanie ou la Bulgarie étaient loin d’être des modèles de démocratie

L’indifférence la plus totale des Européens devant les massacres de Poutine au Kazakhstan comparée à leur indignation devant les massacres de Poutine en Ukraine (pour l’instant malgré tout bien plus minimes)

Le refus de voir des similitudes entre l’attaque de la Serbie par les Américains et l’attaque de l’Ukraine par les Russes, l’indépendance du Kosovo et l’indépendance de la Crimée, la seconde guerre d’Irak sur les mensonges confirmés depuis de l’existence d’armes de destruction massive et les attaques de la France en Libye face aux attaques de la Russie en Syrie ou au comportement inacceptable des Chinois au Thibet ou devant les aspirations islamo-nationalistes des Ouïgours

Mais aussi les tentatives d’intrusion des Russes dans les élections américaines, les cyberattaques orchestrées par eux ou l‘envoi prétendument indépendant de leur volonté, de sociétés privées de mercenaires en Afrique (Groupe Wagner au Mali par exemple)

Et tant d’autres exemples de dissymétrie qui doivent être pris en compte pour faire cesser le feu !

Que proposer à cet instant ?

Continuer le dialogue, même difficile, car on ne négocie la Paix qu’avec ses ennemis

Proposer en échange d’un cessez-le-feu immédiat l’ouverture d’une Conférence Européenne de la Paix et de la Sécurité entre l’UE et la Russie (donc sans les USA et sans la Grande Bretagne) pouvant aboutir, espérons-le, à une reconfiguration complète de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural

Bien indiquer qu’on sera inflexible sur le respect des frontières de l’Ukraine avec pourtant l’acceptation de deux préalables le maintien du rattachement de la Crimée à la Russie et l’octroi d’une réelle autonomie aux deux régions séparatistes du Donbass qui resteront ukrainienne mais dont le caractère russophone sera définitivement reconnu.

Négocier un pacte énergétique européen de longue durée garantissant à l’Europe de l’Ouest la sécurité d’un approvisionnement en gaz russe et la maintenance commune des installations nucléaires civiles sur tout le continent,

Mettre en place un pacte de reconstruction de l’Ukraine (plutôt que payer des armes) supporté par l’UE et la Russie en échange de son renoncement à adhérer à l’OTAN

Suspendre les sanctions économiques contre la Russie puis les supprimer dès la paix rétablie.

Organiser, une fois la Paix revenue, une Conférence de la Sécurité mondiale entre les Nations possédant l’arme atomique (USA, Russie, Royaume-Uni, France, Chine) étendue ensuite aux autres pays non-signataires du Traité de non-prolifération (Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord) et aux pays hébergeant les armes nucléaires de l’OTAN (Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Turquie)

Favoriser la coopération et les échanges entre pays européens, Russie incluse, plutôt que de la voir tourner définitivement ses regards vers la Chine et l’Inde

Quelques décisions stupides ayant été prises sans réfléchir :

Supprimer les chaînes de télévision russes en Europe (RT et Spoutnik) que personne ne regarde ce qui entraînera par réciprocité la suppression des chaînes européennes en Russie, seule façon pour le peuple russe de bénéficier d’une information éclairée

Prendre trop vite des sanctions dont on souffrira autant que les Russes (sans avoir comme eux la possibilité de se tourner vers d’autres partenaires)

Se laisser manipuler par nos amis américains qui, comme par hasard, restent désormais bien discrets et se réjouissent de l’envolée des prix du pétrole et du gaz (de schiste !)  

Ils sont nos alliés mais comme l’avait décidé le Général De Gaulle, nous serions bien inspirés de nous retirer du Commandement intégré de l’OTAN où nous devons nous contenter d’un strapontin !

Quand Emmanuel Macron s’est rendu à Moscou pour discuter avec Poutine à l’autre bout de la table (quand on dîne avec le diable il faut une longue cuillère), la décision de ce dernier d’envahir l’Ukraine était déjà prise. Plutôt que des rodomontades du Président Français (car en qualité de Président momentané de l’UE, il ne dispose d’aucun droit spécifique) il aurait mieux valu que mandaté par les principaux Chefs d’Etats Européens il vienne avec des propositions concrètes comme celles évoquées ci-dessus. Le dialogue aurait changé d’aspect !

Et maintenant la candidature d’Emmanuel Macron

Ce soir ou demain au plus tard (c’est le dernier jour) Emmanuel Macron annoncera sa candidature au renouvellement de son mandat. Quel suspense !

Le peuple, comme d’habitude en pareille circonstance, votera pour celui qui lui paraît le plus à même de faire face à la crise.

Si le débat démocratique est escamoté, l’élu ou plutôt le réélu, le regrettera plus tard car l’élection présidentielle est devenue depuis l’instauration stupide du quinquennat le temps fort de la démocratie, revenant à élire un Monarque Républicain.

Ceux qui ne s’affronteront pas sur les plateaux de télévisions s’affronteront bien vite, une fois la crise ukrainienne terminée, dans la rue devant les conséquences de ces gestions hasardeuses, l’augmentation des prix, l’insécurité, la santé, les salaires…

Il aurait sans doute été plus intelligent de repousser l’élection au mois de Juin une fois la guerre terminée. On l’aurait bien fait si un nouveau variant était venu bousculer nos plans en transformant en clusters nos bureaux de vote.

 

Pierre Chastanier

 
Imprimer cette Weblettre