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Cénacle Biodiversité - La COP26 en mal de vrais objectifs 13/11/2021
   

La COP26 en mal de vrais objectifs   

La COP 26 comme les précédentes peut raconter n’importe quoi, pourquoi pas. A la suite du GIEC qu’il faudrait sans doute dissoudre ou du moins refonder, elle continue de s’en prendre exclusivement au CO2 alors qu’il n’est qu’un accompagnateur des changements climatiques. Certes cette querelle est dépassée. Il faut réellement en restreindre l’émission car le réduire atteint les processus d’assèchement, d’artificialisation, de mitage des terres, d’étalement urbain et d’appauvrissement du sous-sol. Le carbone aurait dû faire partie d’une réforme du système monétaire international. Les grands Etats n’en ont pas eu le courage et préfèrent donner un mandat illusoire à une assemblée impuissante où un Etat de 100.000 habitants a le même pouvoir qu’une superpuissance qui se dispense ainsi de ses vraies responsabilités.

Mais nous imposer une des voies vers l’artificialisation du monde grâce à cette nouvelle religion et ses indulgences sous forme de taxes sans effet autre que contribuer à gérer la rente du fossile (pétrole, gaz, charbon, schistes) et de préparer ainsi le recours de l’homme démiurge et sorcier à la géo et prétendue bio-ingénierie, cela suffit.

« Résister ? Oui. Nous sommes des résistants, des divergents, des femmes et des hommes qui ne veulent pas abdiquer le bon sens et la fidélité à nos racines de ciel et de terre, des sourciers pas des apprentis sorciers... »

Ainsi s’exprimait Patrice Hernu en  novembre 2018 lors de la COP25. Ainsi s’exprime également Jean-marc Hauth mais ainsi s’expriment aussi de nouvelles voix dissonantes comme par exemple Charles-Elie Guzman ou surtout ce groupe d’étudiants de l’Ecole Normale supérieure à propos de la nécessité de changer de focus et de passer d’une fixation sur le CO2 à une priorité sur la biodiversité. Les meilleurs de la nouvelle génération nous feront-ils passer à la génération biodiversité comme notre cénacle s’intitule ? Est-il encore temps ?

Le cénacle Génération-Biodiversité (CIU)
Président : Jean-philippe Léglise, avec Christine Archambault, Marcel Laurent, Patrice Hernu, Brigitte Vu...

Pour illustrer l’échec et l’impasse de la COP26, quatre témoignages


I- Le cycle de l’eau – Jean-marc Hauth

Non le réchauffement climatique n'est pas la cause première du changement climatique. Il permet d'évaporer l'eau du cycle de l'eau mais il subit les conséquences de l'assèchement climatique des sols qui l'oblige à aggraver cet assèchement là où les humains déboisent et surexploitent les nappes phréatiques. C'est pourquoi il est impératif de repartir les pluies au lieu de nous faire pleurer avec les inondations et les sécheresses.

Arrêter de pomper l'eau des continents pour les besoins. La place de l'eau n'est pas dans des bassines pompées dans le sol dont l'eau s’évapore. Si on veut de l'eau il faut commencer par faire remonter leur niveau en prenant le temps de l'infiltrer sur de larges surfaces grâce à une gestion globale de l'eau qui répartit les pluies sur les courbes de niveau.

Le climat a besoin d'une épaisseur végétale permanente et non pas des champs labourés qui attendent l'érosion des grosses pluies. Tous ces aménagements du territoire qui ne sont que du bon sens que savaient transmettent nos ancêtres doivent être de la responsabilité du pouvoir politique et non du pouvoir monopolisé par les lobbys qui ne savent rien faire d'autre que gagner de l'argent. Le climat a une solution qui permet le développement de la vie dans le monde entier. letter-spacing:-.3pt">

 

II - La vraie cause du dérèglement de la planète
 nous crève les yeux

(2 NOVEMBRE 2021)

PAR CHARLES-ELIE GUZMAN

 

La planète brûle. Il est minuit moins une. Tous les voyants sont au rouge. Ce sont des phrases qui devraient nous faire réagir et nous ouvrir les yeux. Or nous préférons nous épuiser dans des batailles futiles, des « petits gestes » qui nous occupent, des balivernes médiatiques que l’on nous sert à longueur d’écrans. Pourtant la cause principale du dérèglement climatique, non seulement nous crève les yeux, mais avale la majorité, si ce n’est la totalité, de notre substance vitale. Certes, nous sommes inquiets, parfois atteints de la maladie du siècle, l’écoanxiété, mais nous refusons d’affronter la réalité. Comme des somnambules, nous obéissons au modèle qui façonne le monde, fonçant, à l’aveugle, vers un avenir sans futur.

Des siècles de littérature et de philosophie nous ont laissé croire que l’homme était l’être le plus intelligent de la Création. Doté d’un cerveau sans nul autre pareil, les humains sont censés faire passer leur survie en premier. Nous ne sommes pas les seuls ; d’autres espèces sont capables de réagir quand une menace imminente ou chronique s’approche — comme la simple venue de l’hiver et le temps d’hiberner pour de nombreux animaux. Mais, face à la menace immense du dérèglement climatique, nous faisons tout pour compromettre notre survie.

Comme un disque rayé

Nous ne sommes pas complètement inconscients face au danger. Nous le connaissons, tant les alertes de milliers de scientifiques se multiplient et répètent le même message comme une disque rayé. Nous savons. Mais nous nous convainquons que ce n’est pas si grave, que ce n’est peut-être pas « pour de vrai », que c’est pour dans très très longtemps. Alors nous

nous prenons des avions pour passer nos vacances, nous brûlons nos combustibles avec une frénésie débridée. Une petite voix au fond de nous dit que si c’était si grave, nous ne pourrions pas faire tout cela et que quelqu’un nous arrêterait. Certes, nous sommes intéressés par ces questions, nous adoptons, en toute bonne conscience, les « petits gestes » pour sauver la planète, nous trions consciencieusement nos déchets, nous ne buvons plus avec des pailles en plastique, nous essayons de manger bio et admirons les potagers de permaculture. Mais nous savons que cela n’est pas suffisant et que nos petits gestes sont sans doute nécessaires, mais tellement dérisoires.

Car nous savons. Nous savons que nos vies dépendent de systèmes d’une immense complexité qui s’articulent entre eux comme une mécanique titanesque : l’atmosphère, les océans, les sols, les réseaux de vie visibles et invisibles. Tout est interdépendant et nous en somme dépendants. Tout ce système complexe fonctionne dans un état d’équilibre que les scientifiques mesurent parfaitement ; ils disent que le système s’autorégule. Il peut subir des stress, des petits changements d’état, mais sa force d’équilibre le maintient. Jusqu’à un certain point. Au-delà de certains seuils dont la plupart nous sont encore inconnus, le système bascule. Il passe dans un nouvel état d’équilibre où tout retour en arrière est impossible. Ce basculement crée des réactions en chaîne immaitrisables.

Points de rupture

Partout dans le monde, des systèmes vitaux semblent s’approcher de leur point de basculement. Les observateurs de la déforestation en Amazonie voient ce mécanisme à l’œuvre. Le journaliste du Guardian, George Monbiot, explique comment ce qui se passe au centre du Brésil a des conséquences pour l’ensemble de la planète. Une ceinture de savane, connue sous le nom de Cerrado, couvre le centre du Brésil. Sa végétation dépend de la formation de rosée, qui dépend à son tour de l’aspiration, par des arbres profondément enracinés, des eaux souterraines, puis de leur libération dans l’air par leurs feuilles. Mais au cours des dernières années, de vastes étendues du Cerrado ont été défrichées pour y planter des cultures — principalement du soja pour nourrir les poulets et les porcs du monde entier. À mesure que les arbres sont abattus, l’air devient plus sec. Cela signifie que les plantes plus petites meurent, ce qui fait que l’eau circule encore moins. Certains scientifiques préviennent qu’en combinaison avec le réchauffement climatique, ce cercle vicieux pourrait — bientôt et soudainement — faire basculer l’ensemble du système en désert.

Mais ce n’est pas tout. Car le Cerrado est la source de certains des grands fleuves d’Amérique du Sud, notamment ceux qui se jettent au nord dans le bassin amazonien. La diminution de l’eau qui alimente les rivières pourrait exacerber le stress qui affecte les forêts tropicales. Elles subissent les effets d’une combinaison mortelle de défrichement, de brûlage et de réchauffement, et sont déjà menacées d’un effondrement systémique. Le Cerrado et la forêt tropicale créent tous deux des « rivières dans le ciel » — des courants d’air humide — qui distribuent les précipitations dans le monde entier et contribuent à la circulation mondiale : le mouvement des courants aériens et océaniques.

Le courant océanique qui apporte la chaleur des tropiques s’affaiblit. Sans lui, l’Europe aurait un climat semblable à celui de la Sibérie. Or la circulation mondiale semble déjà vulnérable. Par exemple, la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC), qui apporte la chaleur des tropiques vers les pôles, est perturbée par la fonte de la glace arctique et a commencé à s’affaiblir. L’AMOC a deux états d’équilibre : actif et inactif. Elle est active depuis près de 12 000 ans, après un état d’arrêt dévastateur de mille ans il y a entre 12 900 à 11 700 ans, qui a provoqué une spirale mondiale de changements environnementaux. Tout ce que nous connaissons et aimons dépend du maintien de l’AMOC à l’état actif.

Plus ce système complexe se rapproche de son seuil critique, plus les fluctuations sont brutales. Ce que nous avons vu cette année est un avant-goût de l’effondrement des systèmes terrestres : les dômes de chaleur au-dessus de la côte ouest de l’Amérique du Nord, les incendies massifs dans cette région, en Sibérie et sur le pourtour méditerranéen, les inondations meurtrières en Allemagne, en Belgique, en Chine et en Sierra Leone sont autant de signaux qui, en morse climatique, signifient « SOS ».

Distraction

Logiquement, une intelligence aussi évoluée que la nôtre devrait répondre à ces signaux sans délai, en modifiant radicalement sa relation avec l’environnement afin d’assurer sa survie. Mais ce n’est pas le cas. Alors que les incendies font rage dans différents endroits du monde, que les inondations tout comme les sécheresses se multiplient, que la montée des océans se fait pressante, nous préférons nous intéresser et débattre d’autres choses. Et les sujets de distraction sont nombreux, des petits coups bas de potentiels candidats présidentiels aux guéguerres égocentriques de milliardaires excentriques. On préfère s’offusquer des petits travers et des babillages dérisoires de nos sociétés plutôt que d’affronter les vraies menaces qui grondent. Ce comportement n’est sans doute pas volontaire ; face à l’effondrement qui s’annonce, cette réaction ressemble à un réflexe subconscient. Il apparaît difficile voire impossible de dépasser le miroir des distractions pour aller au fond, pour assurer la survie de nos enfants. Nous restons à la surface des choses, comme des bouchons flotteurs frivoles. Nous mettons toute notre énergie à des petites affaires qui, si elles ont une vague nuance de vert, nous rassurent pleinement. Je trie tous les matins ma poubelle, alors je peux dormir en paix, le monde sera sauvé.

Nous nous focalisons sur les sujets de distraction parce que nous y sommes incités. Ceux qui détiennent la responsabilité principale de la dégradation des écosystèmes de la planète se sont évertués depuis cinquante ans à nous distraire. Les pétroliers font figure de modèle ; ils ont notamment inventé l’empreinte carbone personnelle, qui opère un vaste transfert de responsabilité à l’échelle du monde. Et nous les avons cru, en bons élèves serviles. Certains sont même en train d’inventer une carte de crédit qui calculerait notre empreinte carbone à chacun de nos achats et bloquerait notre carte en cas de dépassement du quota de CO2 qui nous serait imparti. Cela est possible car, depuis cinquante ans, nous sommes passés de citoyens à consommateurs. Et de ce fait, nous avons troqué la liberté de nous insurger pour celle d’acheter, de consommer, c’est-à-dire d’obéir.  

George Monbiot rappelle comment, dans son livre Life and Fate, Vasily Grossman a bien noté que, lorsque Staline et Hitler étaient au pouvoir, « l’un des traits humains les plus étonnants qui est apparu à cette époque était l’obéissance ». L’instinct d’obéissance, a-t-il observé, était plus fort que l’instinct de survie. Agir seul, se considérer comme des consommateurs, faire une fixation sur les petits gestes dérisoires et distractifs et les futilités abrutissantes, alors même que l’effondrement systémique de l’environnement menace : ce sont des formes d’obéissance. « Nous préférons faire face à la mort de la civilisation plutôt qu’à l’embarras social causé par le fait d’affronter des sujets gênants, et aux problèmes politiques liés à la résistance aux forces puissantes. Le réflexe d’obéissance est notre plus grand défaut, le nœud du cerveau humain qui menace nos vies ».

Que pourrions-nous voir si nous avions le courage de prendre notre respiration et de plonger dans les profondeurs des choses ? Nous y verrions une horreur : l’impératif de croissance. La croissance économique est universellement saluée comme une bonne chose. Les gouvernements mesurent leur succès à leur capacité à la générer. Qu’est-ce que cela signifie ? Supposons que nous atteignions l’objectif modeste, promu par des organismes comme le FMI et la Banque mondiale, d’une croissance mondiale de 3 % par an. Cela signifie que toute l’activité économique que l’on observe aujourd’hui — et la plupart des impacts environnementaux qu’elle entraîne — double en 24 ans, c’est-à-dire d’ici 2045. Puis elle doublera à nouveau d’ici 2069. Et encore en 2093. Toutes les crises que nous cherchons à éviter aujourd’hui deviennent deux fois plus difficiles à gérer lorsque l’activité économique mondiale double, puis double encore, puis double encore.

Argent

La principale cause de notre impact environnemental n’est pas notre attitude. Ce n’est pas notre mode de consommation. Ce ne sont pas les choix que nous faisons. C’est notre argent. Si vous avez un surplus d’argent, vous le dépensez. Vous pouvez vous persuader que vous êtes un méga-consommateur vert, mais en réalité vous n’êtes qu’un méga-consommateur. C’est pourquoi les impacts environnementaux des très riches sont massivement supérieurs à ceux de tous les autres. Pour éviter que le réchauffement de la planète ne dépasse 1,5 °C, nos émissions moyennes ne devraient pas dépasser deux tonnes de dioxyde de carbone par personne et par an. Or les 1 % les plus riches de la planète produisent en moyenne plus de 70 tonnes. Bill Gates, selon une estimation, émet près de 7 500 tonnes de CO2, principalement en volant dans ses jets privés.

Ces super-riches peuvent avoir une conscience verte, rouler en berlines électriques et voler en avions fonctionnant au biokérosène. Il n’en demeure pas moins que leur passage au biocarburant coûte la destruction d’habitats de biodiversité, des forêts abattues pour produire des granulés de bois et des carburants liquides, et des sols saccagés pour fabriquer du biométhane.

Mais plus important que les impacts directs des ultra-riches écrit George Mombiot est le pouvoir politique et culturel avec lequel ils bloquent tout changement effectif. Leur pouvoir culturel s’appuie sur un conte de fées hypnotisant. Ils nous persuadent que nous pouvons tous devenir comme eux, si nous le voulons bien, à force de travail et de labeur. C’est pourquoi nous tolérons leur richesse. En réalité, certaines personnes sont extrêmement riches parce que d’autres sont extrêmement pauvres : la richesse massive dépend de l’exploitation. Et si nous devenions tous millionnaires, nous ferions se volatiliser la planète en un rien de temps. Mais ce conte de fées de la richesse universelle nous assure notre obéissance.

La principale cause de notre impact environnemental n’est pas notre attitude. Ce n’est pas notre mode de consommation. Ce ne sont pas les choix que nous faisons. C’est notre argent. Si vous avez un surplus d’argent, vous le dépensez. Vous pouvez vous persuader que vous êtes un méga-consommateur vert, mais en réalité vous n’êtes qu’un méga-consommateur. C’est pourquoi les impacts environnementaux des très riches sont massivement supérieurs à ceux de tous les autres. Pour éviter que le réchauffement de la planète ne dépasse 1,5 °C, nos émissions moyennes ne devraient pas dépasser deux tonnes de dioxyde de carbone par personne et par an. Or les 1 % les plus riches de la planète produisent en moyenne plus de 70 tonnes. Bill Gates, selon une estimation, émet près de 7 500 tonnes de CO2, principalement en volant dans ses jets privés.

Ces super-riches peuvent avoir une conscience verte, rouler en berlines électriques et voler en avions fonctionnant au biokérosène. Il n’en demeure pas moins que leur passage au biocarburant coûte la destruction d’habitats de biodiversité, des forêts abattues pour produire des granulés de bois et des carburants liquides, et des sols saccagés pour fabriquer du biométhane.

Mais plus important que les impacts directs des ultra-riches écrit George Mombiot est le pouvoir politique et culturel avec lequel ils bloquent tout changement effectif. Leur pouvoir culturel s’appuie sur un conte de fées hypnotisant. Ils nous persuadent que nous pouvons tous devenir comme eux, si nous le voulons bien, à force de travail et de labeur. C’est pourquoi nous tolérons leur richesse. En réalité, certaines personnes sont extrêmement riches parce que d’autres sont extrêmement pauvres : la richesse massive dépend de l’exploitation. Et si nous devenions tous millionnaires, nous ferions se volatiliser la planète en un rien de temps. Mais ce conte de fées de la richesse universelle nous assure notre obéissance.

Limites

La difficile vérité est que, pour éviter la catastrophe climatique et écologique, nous devons établir des limites. Tout comme il existe un seuil de pauvreté en dessous duquel personne ne doit tomber, il existe un seuil de richesse au-dessus duquel personne ne doit s’élever. Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de taxes sur le carbone, mais de limites de la richesse. Nous ne devrions pas être surpris que les pétroliers comme ExxonMobil soient favorables à une taxe sur le carbone. C’est une forme de distraction. Elle ne s’attaque qu’à un seul aspect de la crise environnementale, tout en transférant la responsabilité des principaux coupables à tout le monde. Elle peut être très régressive, ce qui signifie que les pauvres paient plus que les riches.

En consentant à la destruction continue de nos systèmes de survie, nous satisfaisons les désirs des ultra-riches et des puissantes sociétés qu’ils contrôlent. En restant piégés à la surface des choses, absorbés par la frivolité et les distractions, nous leur accordons une licence sociale pour opérer librement. Un exemple est symptomatique : aujourd’hui un homme, un seul, fait capoter tous les projets environnement du président Biden.

Marie-Adélaïde Scigacz explique sur France Info que, durant la campagne, l’actuel président avait promis de faire d’une pierre trois coups : promulguer une loi qui, en une décennie, révolutionnerait les secteurs de l’éducation et de la santé, tout en mettant en marche une politique ambitieuse de lutte contre le changement climatique. Cette très vaste réforme, baptisée « Build Back Better » (« Reconstruire en mieux »), constitue, selon le président lui-même, le « plus grand investissement jamais réalisé pour faire face à la crise climatique ». À savoir, se donner les moyens d’investir des milliers de milliards de dollars (un chiffre à 12 zéros) pour réduire à l’horizon 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 50 à 52% par rapport aux niveaux de 2005.

Ce plan de Joe Biden est désespérément bloqué au Congrès. Les démocrates, qui ne peuvent compter sur les votes des républicains, contrôlent pourtant les deux chambres du Parlement. Mais au Sénat, leur majorité est si ténue (50 élus sur 100, plus le vote de la vice-présidente Kamala Harris) qu’une seule voix démocrate peut faire tomber le grand projet de Joe Biden. Cette voix, c’est celle de Joe Manchin, le sénateur démocrate de Virginie-Occidentale, un Etat de l’est du pays. Il est le 50e vote dont Joe Biden a besoin pour que son texte soit approuvé. À ce titre, il est « l’un des hommes les plus puissants à Washington », selon CNN. Et s’il est démocrate, comme le président, il ne partage pas les convictions de son « boss » sur la question du climat. Le sénateur ne s’identifie pas comme climatosceptique mais est un fervent défenseur des industries fossiles et notamment du charbon, historique pourvoyeur d’emplois dans son Etat.
Surtout, il dispose d’intérêts très personnels dans ces industries. Selon une 
enquête publiée par The Guardian, l’élu possède des millions de dollars de parts dans une société extractrice de charbon, empochant chaque année quelque 500 000 dollars de dividendes. Cette société fondée en 1988, baptisée Enersystems Inc, est désormais dirigée par son fils. Pour s’assurer de son soutien à Washington, les secteurs du charbon, du pétrole et du gaz naturel soutiennent financièrement le politicien, faisant de lui le sénateur qui a reçu le plus de dons en vue des élections de mi-mandat de 2022. Élections au cours desquelles son siège n’est même pas en jeu.

 Désobéissance

Nous ne survivrons que si nous cessons d’accepter ce genre de jeu. Les militants pour la démocratie du XIXe siècle le savaient, les suffragettes le savaient, Gandhi le savait, Martin Luther King le savait. Les manifestants écologistes qui exigent un changement systémique ont également saisi cette vérité fondamentale. Dans le cadre des « Vendredis pour l’avenir », du « Green New Deal Rising« , d' »Extinction Rebellion » et des autres soulèvements mondiaux contre l’effondrement systémique de l’environnement, nous voyons des gens, principalement des jeunes, refuser de consentir. Ce qu’ils comprennent est la leçon la plus importante de l’histoire. Notre survie dépend de la désobéissance.

Dans la préface du livre collectif « Désobéis-moi ?! » Bernard Lemoult et Marine Jaffrézic citent les propos qu’ils ont recueilli de Michel Serres, quelques semaines avant sa mort en mars 2019 : « Mon métier est l’histoire des sciences. J’ai beaucoup travaillé l’histoire des inventeurs. Qu’est-ce qu’un inventeur ? C’est très simple, c’est quelqu’un qui désobéit. Il n’est plus dans le paradigme précédent, il fait un pas de côté et il invente quelque chose. Alors personne ne le croit bien entendu. Mais il paie le prix en n’étant pas cru. Il a désobéi ».

Pour notre survie, soyons des inventeurs.

III - COP 26 : le panda qui cache la forêt

Les interactions entre climat et biodiversité sont essentielles. Pourtant, ces questions sont encore peu présentes dans les négociations à Glasgow.

Par la délégation de l'ENS à la COP : Akim Viennet, Cassandra Windey, Esther Loiseleur, Manon Malsang, Matthieu Ombrouck, Nolwenn Schmoderer, Théophane Hazoumé.

Forêts, mangroves, nature, océans… Au sein de la COP 26, délégués, chercheurs et militants ne peuvent ignorer ces mots. Des plantes vertes scotchées aux tables du pavillon France aux ours polaires du pavillon des Tuvalu, le vivant est exposé partout. Pourtant, une fois enfermé dans une salle de négociation, celui-ci disparaît soudainement des conversations. Ce hiatus interpelle et il est d’autant plus surprenant que les interactions entre climat et biodiversité sont nombreuses et cruciales.

Avec Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du groupe 1 du Giec, nous n’avons pas parlé panda ni tortue mais écosystèmes. Alors que le dérèglement climatique est l’une des premières menaces à peser sur les espèces, il importe de souligner que la richesse en espèces qu’abritent forêts et océans est indispensable à l’équilibre de ces milieux. Elle est aussi cruciale pour assurer leur capacité à absorber une partie de nos émissions de gaz à effet de serre. À ce titre, le terme de « biodiversité » semble peut-être trompeur. Bien plus qu’à un simple dénombrement des formes de vie existantes, ce concept renvoie à l’immense complexité des interactions entre les êtres vivants et leurs milieux. Ainsi, la disparition d’une seule espèce peut menacer l’ensemble d’un écosystème et les services qu’il nous rend.

Des pistes d’action encore peu utilisées

Justement, un délégué camerounais, avec qui nous avons partagé la seule table restante du restaurant, a beaucoup insisté sur ce point, en prenant l’exemple des éléphants. Ces animaux jouent un rôle pivot dans la dispersion et la fertilisation de certaines graines dans les forêts du bassin du Congo. Leur disparition pourrait bouleverser l’ensemble de la deuxième forêt tropicale du monde. Notre interlocuteur a alors rappelé que, au-delà d’être un puits de carbone, ces forêts étaient une ressource nécessaire à la survie des populations locales.

Pour afficher leur volonté de réduire les émissions tout en réduisant la vulnérabilité aux événements climatiques extrêmes, toujours plus de pays redoublent d’efforts pour verdir leur image en mettant en valeur dans leurs pavillons les solutions fondées sur la nature, comme la restauration de forêts ou de mangroves. À ce jour, ces pistes d’action demeurent néanmoins très théoriques et peu utilisées. Leur mise en œuvre est difficile, y compris parce qu’elles pourraient priver certaines communautés locales des ressources naturelles dont elles dépendent. Alertant sur ce risque, un négociateur colombien préfère mettre en avant les « solutions fondées sur la nature et les habitants », afin de garantir la réussite des projets.

Chaque mot compte

Avec ces éléments dans un coin de leur tête, les étudiants de la délégation COP-ENS sont allés à la rencontre de deux négociateurs français spécialisés en questions de biodiversité. Ces derniers ont assuré que l’Union européenne, et en particulier la France, soutient l’inclusion dans les textes d’une mention ambitieuse de l’articulation entre climat et biodiversité et des solutions fondées sur la nature. Un point à suivre avec attention jusqu’à la clôture de cette COP !

Dans un texte de droit international, chaque mot compte. Sur chaque sujet, sa portée en serait beaucoup moins forte si, par exemple, elle comportait l’expression « prendre note » à la place de « reconnaître ». En apparence très technocratique, ce détail rappelle les subtilités des négociations en COP. La construction d’un consensus autour de certains termes clés est en fait un levier capital pour l’impulsion de politiques climatiques ambitieuses à toutes les échelles. Soulignons, par exemple, l’engagement du Fonds international de développement agricole de l’ONU à consacrer 30 % de ses financements climat aux solutions fondées sur la nature d’ici à 2030. C’est un résultat direct de la reconnaissance grandissante des solutions fondées sur la nature.

Des paroles aux actes

Les COP ont un pouvoir incitatif qui dépasse la portée des textes engageant les parties : la pression politique, le «  name and shame  » et les enjeux de soft-power peuvent influencer les politiques climatiques. Par exemple, la Chine s’est engagée à ne plus construire de centrale à charbon d’ici à 2040, comme nous l’a rappelé le négociateur en chef de la délégation française.

On peut se réjouir que les interactions entre la biodiversité et le climat soient de plus en plus présentes dans les esprits. Trente et un ans après son premier rapport, le Giec a pour la première fois publié en juin une étude avec son pendant qui travaille sur la biodiversité, l’Ipbes. Un travail d’ampleur reste à faire pour que cette synergie se traduise en actes. En outre, certaines solutions au changement climatique peuvent nuire aux écosystèmes, notamment par l’utilisation des sols. Alors que nous entrons dans l’ère de la sixième extinction de masse, pouvons-nous vraiment nous contenter d’une approche en silo ?

La délégation COP-ENS : Akim Viennet, Cassandra Windey, Esther Loiseleur, Manon Malsang, Matthieu Ombrouck, Nolwenn Schmoderer, Théophane Hazoumé.

IV - Témoignage vivant - Un bûcheron Canadien, Yanick Thomas lance un cri d'alarme sur ce que nous faisons à la planète

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