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Quoi de neuf ici ?
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Le colloque Ecologie de D&DF
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Ouverture et présentation par Patrice Hernu
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Très chères sœurs, très chers frères, mesdames et messieurs nos invités que nous avons plaisir à recevoir, Copenhague est à la sauce de tous les medias, de tous les discours. Si, nous avons décidé de consacrer le colloque de ce soir à cette question, c’est qu’une grande partie du travail de la commission Ecologie de D&DF, depuis deux ans, s’est réalisé dans la perspective de mieux comprendre les enjeux qui se profilent au-delà de la négociation de l’accord qui fera suite à celui de Kyoto. Parallèlement, au sein de la Fraternelle de l’Ecologie, EVH, Ecologie-Valeurs-Humanisme, qui s’est associée à cette soirée, comme l’année précédente lors de la venue ici de Jean-Louis Borloo puis de Nathalie Kosciusko-Morizet, nos Sœurs et frères membres se sont plus intéressés à la redéfinition peut-être devenue nécessaire de l’humanisme des lumières. Permettez-moi de saluer Catherine, Catherine Rosen qui préside aux destinées d’EVH et « vice-préside » notre commission. Nous avons fait ce travail de réflexion sur la redéfinition de l’humanisme tous ensemble avec les contributions notamment d’Yves Cochet, excusé ce soir, Jean-Michel Georges Foucault, Bruno Lebecq, Claude Barrué et moi-même. Pourquoi cette approche double ? Parce que nous savons que nous ne pouvons pas avancer avec le regard totalement médusé par l’actualité telle que nous l’offrent les médias. Même si cette actualité scande l’histoire et ses dates. En effet, c’est autour de ces dates simplificatrices que les générations futures porteront témoignage et le sommet de Copenhague, qu’il intéresse ou qu’il agace, fera date. Ainsi ce soir, alors même que nous sommes plongés dans l’hystérésis éphémère d’une histoire en train de s’effacer devant des réalités dont nous avons peine à voir jusqu’où elle pourrait mener le monde demain, c’est bien au-delà du seul évènement que nous allons tenter de regarder. La Terre, ses océans, ses forêts, ses rivières et ses sols n’ont pas de vrais représentants à Copenhague. Ceux qui les instrumentalisent, selon les points le vue, ne sont qu’au pire des imposteurs, au mieux des éclaireurs avec leur part de lumière mais aussi d’ombres extrêmes. Ceux qui discutent vraiment autour de la table de Copenhague, et souvent à distance, sont censés représenter les Etats qui les ont mandatés et qui, seuls signeront. Le reste est habillage. Ce sera peut-être le problème au dernier soir de ce sommet car ces Etats sont issus d’un siècle, voire d’un millénaire, qui, pour le coup, s’achève vraiment. Or, cette Terre se dérobe à l’Homme qui prétendait la dominer et toute la communauté internationale n’a d’autre réaction que de prétendre poursuivre le rêve de l’Homme de briser le sceau prométhéen et malthusien dans lequel la nature l’a enfermé. Il en va même jusqu’à avouer inutilement sa faute pour poursuivre son rêve. Il en va même jusqu’à proclamer une justice climatique pour maladroitement prolonger la domination des puissants sur les plus faibles. Ici, je me plais à penser que nous ne sommes dupes d’aucun de ces artifices que la pensée trame pour continuer d’espérer et de construire alors que tout change radicalement. Ici, si les uns et les autres sommes parfois dans des courants contraires, nous savons nous respecter avant rejoindre l’océan commun qui nous attend. A coté de Thanatos, il y a chez l’homme également un instinct de vie et de soif de connaissance. Dans les périodes de grands changements, cet instinct lui joue autant de tours, sinon plus que le premier. Vous savez bien que les deux sont liés. Cette soif d’être dans le politiquement correct du savoir, pourrait bien condamner la science au nom de la science. Les polémiques simplificatrices, parfois abusives, autour du GIEC nous en donne l’exemple. Il reste criminel d’opposer la science et l’homme. Comme nous l’expliquait Yves Cochet et Jean-Pierre-Georges Foucault lors de nos réunions de travail précédentes, une nouvelle alliance entre l’Homme et la Nature appelle d’abord un nouveau rapport entre le peuple et la science. C’est ce rapport qui, en fait, tarde à venir. Michel Serres disait dimanche dernier « je tiens les philosophes pour responsables. Ils sont silencieux, pris par l’actualité immédiate » et j’ajouterai, pris dans la tourmente imbécile du mépris du politique. Sans doute, devraient-ils relire la cité idéale de Platon qui montre qu’il n’est de durabilité, puisqu’il s’agit de cela, sans une cohabitation active du philosophe et du politique. Voilà tout ! Voilà simplement pourquoi j’ai demandé à Emile H. Malet d’introduire librement, à sa façon, le colloque de ce soir, lui qui a voué son travail précisément à ce « passage » entre la pensée et l’action. Parce que si chacune doit être indépendante de l’autre, chacune doit irriguée l’autre. Emile Malet, parce qu’il est un homme clef dans cette alliance, écouté et interrogé autant par Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac que par Strauss-Kahn, Jacques Delors ou Bernard Thibault de la CGT. Et cette ouverture ne l’empêche pas de s’engager notamment dans le cadre du Forum Mondial du Développement Durable, une institution qui a pris sa place entre le Forum de Davos et le Forum Social avec son format particulier. Ce forum est un des principaux lieux où l’avenir se pense dans un lien étroit entre humanisme et réalisme. En Afrique, c’est presque le seul lieu où l’avenir de ce continent est pensé par les Africains comme une communauté de territoire avant d’être vu comme une mosaïque d’ethnies à concilier. Tout ce travail a pu être réalisé grâce à l’équipe qu’Emile H. Malet – Alain Lambert et le Pr Fortier notamment qui nous accompagnent ce soir et dont je salue le travail - a réunie dans le cadre des travaux de la Revue Passages, laquelle touche à tous les sujets, de la psychanalyse au syndicalisme, de l’énergie aux religions. Passages parce que cette équipe a pensé la transversalité chère au développement durable tout en évitant d’en faire une règle exclusive elle-même source de confusion. Donc, Passages l’est au sens opérationnel mais passages l’est également au sens symbolique du terme. Pessah, c'est-à-dire la Pâque, c'est-à-dire le temps de l’histoire où le destin universel des hommes et leur rapport à la géographie basculent. Et ces lieux de passages, où règnent une sorte de métissage absolu de la pensée, doivent être des lieux singuliers s’ils veulent vraiment ouvrir à quelque chose et non pas à rien d’autre qu’à de pures spéculations. C’est un peu ce qu’a réussi Emile et dont il ramasse d’ailleurs tout le fruit dans ce livre presque trop dense qu’il vient de sortir et qui sera à votre disposition et à sa dédicace pendant le repas. Ce double sens, intériorité discrète et extériorité enthousiaste sur l’avenir de l’Humanité au-delà des obstacles, Emile l’a peut-être acquise en loge lorsqu’il fréquentait la Conscience Humaine au GODF, loge où l’on comptait notre Frère Patrick Lelay mais surtout Roger Leray, un ami dont j’ai été moi-même proche, ancien Grand Maître du GODF et qui restera jusqu’à sa mort le président d’honneur de Passages. Vous aurez compris que nous écoutons ce soir un chercheur de lumières, tel qu’ici nous les aimons. Patrice Hernu Président de la Commission Ecologie de D&DF
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Le développement durable ou la stratégie des temps nouveaux - Emile H. Malet
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L'enregistrement de l'intervention d'Emile H. Malet a été recouverte par les interventions qui ont suivi (enregistrement en auto-reverse !) Emile Malet a bien voulu nous confier les notes qui ont inspiré son intervention. L’heure est au tout-climat : dès l’aurore, avec la météo quotidienne où chacun peut projeter ses rêves estivaux ou devoir braver les intempéries pour se rendre au travail, jusqu’à toute heure de la journée scandée par des séismes telluriques et autres catastrophes naturelles ; mais aussi par l’importance stratégique mass-médiatisée du sommet sur le climat à Copenhague. Le climat croise les latitudes géographiques, imprègne nos psychés et colore en gris bleu nos états d’âme, fait injonction à l’économie d’être moins énergivore et plus verte et à nos comportements de faire montre de responsabilité. Pour être tout à fait franc, à défaut de dire toute la vérité sur une actualité des plus capricieuses, le climat dispute la rampe médiatique à la crise économique qui n’en finit pas de se terminer et se prolonge en accentuant la déshérence sociale. Si le stade des faillites spectaculaires, à l’instar du naufrage de la banque d’affaires Lehman Brothers, est derrière nous et que la mécanique financière de l’institution bancaire internationale, privé et public agrégés, se débarrasse progressivement de ses oripeaux pervers et spéculatifs, la structure économique reste rongée par une croissance molle – excepté en Chine –, une transition industrielle poussive, des marchés erratiques et un chômage sur une pente ascendante, particulièrement aux deux bouts de la pyramide socio-économique, chez les jeunes et les salariés d’âge mûr qui continuent d’être pénalisés par le supercapitalisme de « containment » social. Entre la crise et le climat, rien de commun en apparence, sinon un effet de concomitance et un double écho de récrimination qui installe du pessimisme dans tous les interstices sociaux. À la limite, et sans provocation morbide, dans le passé proche et les siècles précédents, les gens cultivaient la fatalité que la guerre pouvait trancher des situations inextricables et rétablir un cours plus apaisé au dysfonctionnement socio-économique. Kant et son concept de paix universelle sont passés par là, les pays industrialisés ne veulent plus s’entre-détruire au cours de guerres meurtrières, les anciens pays communistes ou tiers-mondistes (Chine, Russie, Inde...) se sont convertis au capitalisme – fût-il de confection étatique, l’Afrique lorgne plus vers le développement qu’à s’appesantir sur des décennies de conflits ethniques et l’Amérique latine ne croit plus à la révolution, nonobstant des élites éprises de culture baroque, sinon révolutionnaire. La guerre évacuée, quoique temporairement parce que les peuples et leurs gouvernants sont aussi sagaces que fantasques, il reste à expliciter la texture géostratégique qui relie la crise économique au réchauffement climatique et comment en tirer parti pour ne pas se réfugier patiemment dans l’enchaînement des périls, ou pire en s’illusionnant sur une « main invisible » qui viendrait amoindrir le réchauffement climatique et évacuer cette morosité ambiante qui s’installe chroniquement aux quatre coins de la planète. Tel était l’objet du dernier Forum Mondial du Développement Durable qui s’est déroulé les 19 et 20 novembre à l’Institut du Monde Arabe, conjuguant analyses pluridisciplinaires et points de vue singuliers autour de la problématique crise/climat et en inscrivant le développement durable dans une perspective d’altérité et de proximité, d’aiguillon d’une économie de convergence écologique, d’opportunité à agir, d’innovation financière et d’équité sociale. On l’a compris, le développement durable est un concept géostratégique pour envisager autrement les relations internationales et la mondialisation.
Concept stratégique Qui se complaît dans l’immobilisme, le conservatisme, voire le statu quo ante, trouvera toujours des raisons pour ne pas agir. Les contingences historiques ou passagères sont bien souvent un viatique pour l’inaction. Il en est de même quand sont évoquées des priorités écrans pour éviter d’engager une action : doit-on promouvoir le progrès scientifique et la recherche quand viennent à manquer les besoins essentiels à satisfaire ? L’égalité des droits entre hommes et femmes est-elle compatible en l’absence de démocratie ? En situation de conflit, doit-on sacrifier les libertés publiques et individuelles ? Cette énumération ne saurait être exhaustive tant la propension à trouver – à imaginer – des résistances est une constante psychique des êtres humains, de concert avec l’inertie bureaucratique des systèmes. Nous soulevons cette question des entraves à l’action parce qu’elle est posée aujourd’hui : dans le contexte de crise économique et financière, doit-on prioritairement se préoccuper du réchauffement climatique ? Et, si oui, quelles mesures doit-on prendre pour faire converger un redressement économique et un impératif écologique ? Un petit recul historique peut s’avérer utile et approprié pour appréhender notre préoccupation de concilier la lutte contre le réchauffement climatique et un plan de relance des économies de la planète. Lorsqu’il accède au 10 Downing Street (le Matignon britannique), Winston Churchill a pour charge de résister à la barbarie nazie en imposant à ses compatriotes un effort de guerre des plus contraignants et qui verra la Grande-Bretagne résister héroïquement à un IIIe Reich totalitaire. Simultanément à la mise en place d’une politique de défense exigeant la mobilisation de toutes les ressources disponibles, le bouillant Premier ministre anglais chargera Lord Beveridge de réfléchir à une politique sociale audacieuse pour corriger les inégalités économiques et allier une prospérité partagée à une solidarité sociale. Il en va ainsi, la promotion d’avancées sociales si nécessaire à l’époque dans une Angleterre de ségrégation socioculturelle (littérairement décrite par Dickens et qui servira de trame dialectique à Marx) fut mise en chantier pour assumer le fardeau d’une guerre qui s’annonçait des plus dramatiques pour les populations européennes, saignant des dizaines de millions de victimes dont six millions de juifs et ruinant la plupart des structures socio-économiques européennes. L’intelligence visionnaire de Churchill, qui confine en l’occurrence à une véritable approche stratégique, consista à comprendre d’emblée que l’action politique doit neutraliser toutes les entraves pour aboutir à cette prédiction du grand poète René Char (lui aussi, une personnalité et un résistant hors du commun, mais s’exprimant dans le champ de la poésie) : « Résistance n’est qu’espérance. »
Aujourd’hui, face à une crise économique qui rehausse le chômage vers des niveaux abyssaux, entraînant désespérance et paupérisation – malgré des politiques socio-économiques de compensation, et au regard d’un réchauffement climatique qui s’attaque à la biosphère dans son ensemble et aggrave en violence et en destruction les cataclysmes naturels, la puissance d’agir exige de lutter sur l’ensemble des fronts pour donner une dimension stratégique à l’action politique. Il serait illusoire de s’en tenir à des choix manichéens, sinon malthusiens, en soulevant par exemple la question démographique à des fins de démagogie idéologique, en envisageant de segmenter des priorités d’action comme si la mondialisation n’imposait pas de globaliser les approches et les solutions et comme si l’économie pouvait aujourd’hui être délestée de ses volets écologique, politique et social. Pour une bonne part, la crise économique est liée à un capitalisme financier qui s’est débarrassé de toute responsabilité sociale et à une économie triomphante faisant cavalier seul face à un pouvoir politique moribond. Pourrait-on aller plus loin et suggérer que les problèmes du moment sont une aubaine à une action prospective et d’envergure ? Au regard de ce que nous apprennent l’histoire et les grands événements, la psychologie des comportements humains et les grands textes, il y a incontestablement une synergie d’action quand la politique se préoccupe des bobos quotidiens et des difficultés de moyen et long terme. Une économie tournée vers la préservation de l’environnement est un choix stratégique doublé d’un ancrage politique et d’une visée sociale. Une économie de convergence écologique
On a tendance à schématiser le rythme des évolutions pour établir des classifications : de l’économie agraire à la politique industrielle, du progrès scientifique à l’essor des communications. Comment répertorier ce XXIe siècle naissant sous des oripeaux autres que religieux (on connaît la prévision de Malraux sur un XXIe siècle religieux...) et qui manifestement doit conduire une transition écologique pour éviter l’ampleur des dégâts liés à des catastrophes naturelles. Laissons les prévisions apocalyptiques à la « deep ecology » et ses ayatollahs, et si l’existence de la planète Terre n’est pas en jeu parce que le vivant triomphera nécessairement de la destruction mortifère et qu’il vaut mieux raisonner que faire peur et semer la panique, il reste à assumer une transition dans tous les secteurs de la production industrielle pour nous éviter une économie de la précarité, de la pollution et des inégalités. On entend parfois dire que les énergies renouvelables sont un phénomène de mode, il serait juste de montrer que les énergies fossiles sont limitées et dangereusement polluantes. La sécurisation et l’approvisionnement énergétiques, avec nécessairement un verdissement de ces énergies pour éviter un empoisonnement de l’atmosphère, contraint le concert des nations et les économies nationales à œuvrer sans tarder pour des énergies du futur qui soient compatibles avec le développement et la protection de l’environnement. Les batailles pour l’accès à l’eau potable sont de même nature contraignante qu’il faudrait conduire de concert avec l’accès à des énergies plus propres. On pourrait étendre ce raisonnement à l’agriculture qui garderait une partie « bio » sans cesser d’être compétitive...
À ces exemples (énergie, eau, agriculture) on pourrait ajouter l’accès aux autres biens publics (transport, santé, éducation...) et dire que le monde de demain doit être anticipé par une « grande transformation » aujourd’hui. De la voiture électrique aux énergies renouvelables, de l’agriculture biologique à un travail décent, de l’habitat durable à l’acceptation sociale des technologies, tous les vecteurs de l’économie devront être adaptés à un impératif écologique. Il y a là une nouvelle révolution économique en gestation et qui impliquera des bouleversements techniques et technologiques, l’adaptation des comportements et des compensations sociales, des petits « riens » qui vont modifier la vie de tous les jours et de grands changements auxquels il faudra nous préparer pour ne pas subir de plein fouet les transformations industrielles, les évolutions technologiques et l’accroissement des mobilités en tous genres (financier, culturel, social, climat...) suscitées par une mondialisation au long cours. L’écrivain-poète Georges Perec a dressé un catalogue littéraire des « choses de la vie », ce qui meuble agréablement notre quotidien et motive notre volonté d’agir pour nous inscrire dans un parcours de plaisirs et de nécessités. Consommer sans obésité consumériste, faire quotidiennement des économies d’énergie, mettre aux normes écologiques son habitat, trier ses déchets, conduire des voitures à faible consommation d’essence ou des véhicules électriques, s’alimenter avec une part de « bio », substituer aux énergies fossiles des énergies renouvelables... Il y a là un nouveau mémento des choses de la vie auquel il faudra s’y faire et qui résultera de cette économie de convergence écologique. Financements innovants
La crise économique a asséché les trésoreries nationales, excepté les cagnottes de la Chine, de la Russie, de l’Algérie... et autres pays où la croissance est demeurée forte ou qui ont bénéficié des devises liées au renchérissement des hydrocarbures au cours des années 2000. Plutôt qu’un clivage idéologique, et depuis la chute du mur de Berlin, le monde d’aujourd’hui se divise entre les pays à forte épargne conduits par la Chine et les pays lourdement déficitaires, dont la puissance américaine et... aussi la France. Nonobstant cette différence financière structurelle, tous les pays devront régler la facture écologique qui consiste à faire converger l’économie vers l’écologie. Où trouver les financements ? Quelle gouvernance financière ? Comment aider les pays en voie de développement à se frayer un chemin écologique sans accroître leur dépendance et creuser les inégalités ? Quelle institution internationale pourrait définir les priorités écologiques, aider à leur mise en pratique et évaluer les résultats environnementaux sur l’état des populations ?
Les initiatives concernant les financements innovants sont multiformes et proviennent du privé et du public. Une kyrielle d’activités estampillées « développement durable » sont soutenues par des fondations, des institutions internationales, l’aide publique au développement, les investissements privés et publics. Cette diversification financière du développement, pour nécessaire qu’elle soit parce que la décentralisation des financements permet d’élargir le spectre du développement à toutes sortes d’activités macro et micro-économiques, aboutit également à un saupoudrage des concours financiers et s’avère insuffisante pour mettre à niveau écologique les économies de la planète – particulièrement les économies des pays les moins avancés (PMA) sinon les plus pauvres.
La taxation des transactions financières au profit du développement devrait être une initiative concertée et consensuelle, plutôt qu’émaner de propositions à efficacité partielle, voire parcellaire, et devrait résulter d’une organisation environnementale de type Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avec pour ambition la convergence écologique. Se soucier de l’écologie, c’est également envisager sa dimension économique à échelle planétaire. Qu’est-ce donc que l’empreinte écologique, sinon de responsabiliser financièrement chaque acteur – d’où qu’il vienne – pour qu’il soit le débiteur de ses déchets potentiels ?
Le principe pollueur/payeur doit être complété d’un volet constructif, à savoir que toute activité doit désormais être tendue vers une économie bas-carbone et susciter les financements récurrents. Une agence mondiale de l’environnement travaillant activement et en complémentarité avec les grands institutions financières nationales et internationales pourrait voir le jour et se charger de la gestion de ces financements innovants tant au niveau de leur répartition territoriale que des priorités à objectiver, dans les pays industrialisés, les pays émergents et les pays en voie de développement.
Retour de la géographie
Si le XXe siècle restera politiquement comme le siècle de deux idéologies défuntes : le fascisme et le communisme, le XXIe siècle s’avère incertain, imprévisible et idéologiquement brouillé. Pour stratégique que soit le développement durable, ce n’est pas une idéologie visant à conduire les peuples ou à gouverner la politique des nations et pas plus une nouvelle économie. Mais le développement durable est au croisement des territoires et des modes de production, d’une rationalité économique et de la préservation de l’environnement, d’un redressement social et du multilatéralisme à mettre en place après la fin de l’unilatéralisme américain et l’avènement de l’imperium chinois. Un programme ambitieux en perspective, contrarié par un réchauffement climatique annonceur de catastrophes naturelles et de pénurie des ressources. À cela, on peut ajouter le mouvement irréversible des mobilités en tous genres qui dynamisent les interstices géographiques, économiques et socioculturelles de la mondialisation.
Au risque d’une extrapolation sommaire, on pourrait avancer que le paradigme civilisationnel en train de prendre naissance s’apparente à une espèce de revanche de la géographie sur l’histoire. Caprice des hommes, démarche velléitaire des nations, légèreté de la politique, intrusion massive des technologies notamment dans le domaine militaire, malaise face à la répétition des guerres, essor des nationalismes, exacerbation des identités... de tout cela l’histoire s’est nourrie au XXe siècle jusqu’à l’abus et à un certain rejet que traduit la réaction écologique. Jusqu’à faire retour à l’archaïsme et à la précarité grégaire des temps anciens ? Même si la tentation existe, le temps de la géographie que nous vivons prend plutôt les allures d’une révolution écologique s’accompagnant d’une grande transformation économique. Demeure le péril social avec le spectre du chômage et aussi à se pencher sur la place de l’homme et de la femme dans ces bouleversements à venir, qui, à n’en pas douter, préparent des temps nouveaux que l’on escompte plus durables, plus équitables, plus solidaires. Le XXIe siècle ne sera pas un moment anodin de l’Histoire.
Emile H. Malet
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François Grosdidier ouvre le débat
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Les tables de 12 ont discuté chacune sur un thème. Puis les présidents et rapporteurs ont pris chacun la parole. François Grosdidier, député et président de Valeur Ecologie ouvrait le bal en donnant le point de vue des parlementaires français et celui de l'organisation qu'il préside "Il faut absolument transformer l'économie de marché pour l'adapter aux grands enjeux environnementaux. Le marché régulé regroupe 99% de la planète et c'est donc un enjeu majeur."
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Le compte-rendu des débats de table. Des débats très riches. Des rapporteurs de qualité...
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Gilles Pennequin, conseiller territorial de l'Elysée - UPM dans le cadre le co-présidence avec l'Egypte : "Nous essayons avec l'Egypte d'avancer concrètement vers de vrais modes de développement durable : eau, énergie, transports, urbanisme autant de voies parfois consensuelles malgré les tensions dans les régions."
Interventions de :
Christian Grusq, président de Diplomatie & Développement Durable : "La prise de conscience peut-elle être différente alors qu'il y a de formidables enjeux juridiques et géostratégiques qui échappent encore au débat ?"
Alice Panetta-Benhamou, président de Vivent les Femmes : "Nous avons tous des petits enfants. la question est bien : pourront-ils nous survivre ?"
François Manuel, président du Carrefour de l'Amitié : "Entre les pays pauvres qu'il faut aider et les pays émergents qui ont une croissance à deux chiffres, il faut établir le distinguo si l'on veut que l'aide des plus riches soient à la fois tenables et équitables."
et première réaction d'Emile Malet, délégué général du FMDD : "La délocalisation est un pis aller qui n'est acceptable que dans un cadre continental."
Pays Emergents et financements
Bruno Lebecq, haut fonctionnaire et universitaire (Paris X-Nanterre) : "Dans quels objectifs réels mobilise-t-on les financements ?"
Jean-Marc Israël, directeur d'un établissment financier européen : "Il est important que les efforts demandés soient équitables pour les populations concernées ! Si la Chine, c'est 3 fois l'Europe, son PIB est à peine plus élevée que celui de l'Allemagne !"
Youmna Draghi, citoyenne de la commission Ecologie de D&DF : "L'histoire des guerres perdues se résument en deux mots : trop tard ! En sommes-nous là ?"
Jean-Pierre George Foucault, président de la commission de bioéthique du GODF : "Le drame qui se dessine est celui-ci : avons-nous le temps de continuer à perdre notre temps à prendre son temps..."
Les deux tables des "non-dits" de Copenhague avec :
Marc Dugois, président de la commission Ecosophie : "Nous allons à l'échec car nous partons à Copenhague à nos valeurs alors ces valeurs ne sont pas celles des autres"
Michel Dixmier, président de Bio3D : "Le CO2 est l'agent déshydratant le plus puissant de la planète. Le CO2 n'est pas le diable si on lui donne le moyen de vivre. Il y a quelque chose à faire avec lui !"
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Conclusions : François Grosdidier, Emile H. Malet et... Pierre Chastanier
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François Grosdidier conclut le débat qu'il a ouvert : "Si nous sommes démocrate, il faut considérer que le politique est légitime. Or, sur le sujet de l'environnement, jamais les politiques n'ont autant associé les experts et la société civile/"
La conclusion d'Emile H. Malet
"Quand on a la foi de croire à ce qu'on dit, c'est la meilleure chance que nos paroles prennent sens auprès de l'autre et en ce sens là, vous m'avez enrichi"
Pierre Chastanier salue les participants en citant les paroles de l'évêque d'Hippone : "Je préfère écouter un maître que parler en maître." Ce soir, ce fut la cas et nous avons touché notre salaire !"
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Le dernier livre du délégué général du Forum Mondial du Développement Durable, Emile H. Malet
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En interrogeant le capitalisme, la mondialisation et le développement durable, cet essai propose un diagnostic sur la crise que traverse le monde et évoque les moyens d'en sortir. (Emile H. Malet, journaliste, essayiste en médaillon)
Dans sa phase d'économie politique, le capitalisme est né et a pu se développer dans le sillage des Lumières et de la démocratie : les biens sont progressivement devenus abondants, la grande pauvreté a régressé en maints endroits et l'industrialisation a connu un boom extraordinaire au XIXe siècle. En devenant un outil financier de plus en plus sophistiqué, en se délestant de sa dimension sociale, en laissant l'argent-roi assurer une suprématie totale sur les sociétés civiles, en biologisant les esprits et les comportements avec des technologies attrape-tout et réductrices de civilisation, le capitalisme s'est retrouvé contre le monde... Et aujourd'hui, dans un contexte de grave crise financière, le capitalisme va jusqu'à fragiliser la mondialisation au risque d'en casser l'essor et les ressorts. Cet essai recense toutes les scories sociales, culturelles, sanitaires, économiques, politiques et consuméristes d'un monde sans qualités. Chez nous et chez nos voisins, au nord comme au sud, la révolte gronde parmi les nouvelles générations, et déjà apparaissent des retours de flamme identitaires, protectionnistes, nationalistes et xénophobes. Comment en sortir, en limitant la casse économique et le désordre politique ? Le développement durable apparaît comme une chance, le réen-chantement du social comme une injonction et le retour du politique comme un impératif de bon aloi. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, la chute contemporaine du mur de l'argent peut augurer de nouvelles clairières au XXIe siècle.
Vous pouvez acheter directement le livre (24 Euros), voire vous le faire dédicacer en joignant la Revue Passages : 10, rue Clément - 75006 Paris - Tél. : 01 43 25 23 57 - Fax : 01 43 25 62 59 / 63 65 E-mail : passges@club-internet.fr - adapes@club-internet.fr
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