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Editos Pierre Chastanier - Les forces de l’ordre 21/8/2021
   

Les forces de l’ordre   

On aimerait dans chaque pays civilisé avoir la Police la plus exemplaire du monde, à l’image de la Police Britannique d’autrefois, polie, non armée, respectueuse de l’Habeas Corpus qui énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement contrairement à l’arbitraire qui dans de nombreux pays permet encore aujourd’hui d'arrêter n'importe qui sans raison valable.

Or, depuis des années on voit petit à petit se détériorer dans une partie de l’opinion l’image de marque des forces de l’ordre, Police et Gendarmerie, seules détentrices de la violence légitime d’Etat.

Dans certains quartiers, les fameux « Territoires perdus de la République » celles-ci ne peuvent même plus entrer sans être accueillies par des invectives (On est chez nous !) des tirs de mortiers de feux d’artifices, des objets balancés depuis les toits.

Il en est de même des pompiers et des médecins !

La politique du Gouvernement est depuis longtemps celle du laisser-faire. Des responsables de syndicats de Police ont même reçu l’ordre de fermer les yeux sur les trafics de drogue (La Courneuve, Trappes, la Place Stalingrad et les quartiers nord de Marseille en sont, en autres, des exemples quotidiens)

Cette politique « réaliste » qui verbalise sévèrement les « clients » qui fréquentent des prostituées sans poursuivre pour autant ces dernières pour racolage, s’applique aussi désormais de la même manière aux « petits dealers » et aux « Bobos » qui viennent s’approvisionner dans les bas quartiers.

Un responsable d’un syndicat de Police m’a même expliqué que sa hiérarchie leur avait intimé l’ordre de ne rien voir au motif que sans cet argent, la délinquance prospèrerait dans les banlieues et qu’on aurait pas les moyens de l’arrêter !

La mère de famille d’immigrés qui voit son fils « Chouf » laisser chaque soir un billet de 100 € sur sa table ne dit rien et est donc complice.

Et visiblement le fisc ne cherche pas vraiment à traquer les « lessiveuses » car comment expliquer le niveau de vie des trafiquants, les « Go Fast » luxueux, la prolifération de restaurants « Kebab » quand l’exemple des fraudes vient parfois de très haut.

Certes nos policiers souvent mal formés, soumis à rudes épreuves (violences dans les manifestations, multiplication insensée des refus d’obtempérer, insultes, tentatives d’assassinat au cocktail Molotov, horaires démentiels) n’ont pas toujours l’attitude digne, prudente et responsable qu’on attend d’eux et les Commissariats souvent sordides ne sont pas franchement des lieux où le « justiciable » estime pleinement bénéficier de la présomption d’innocence mais n’est-ce pas la conséquence d’une politique d’abandon (manque de crédits, formation sommaire, horaires ne respectant pas la vie familiale, salaires médiocres, absence de respect, craintes pour la sécurité de leurs familles) qui sous la Droite comme sous la Gauche a failli à sa mission.

Comme toutes les affaires concernant les « bavures policières » sont particulièrement sensibles et déchaînent les médias, je n’en détaillerais qu’une seule, en annexe, avec le plus d’objectivité possible : l’affaire Traoré.

Alors que faire ?

On doit clairement affirmer au cours de la campagne présidentielle que les forces de sécurité bénéficieront à l’avenir de la plus totale protection de la Loi garantie par une aggravation significative des peines qui seront prononcées (du refus d’obtempérer aux violences exercées contre les policiers, gendarmes, pompiers et médecins).

On doit doter les institutions régaliennes d’un budget à la hauteur des enjeux, d’une formation améliorée, de conditions de travail plus acceptables, de moyens de défense non létaux  imposés par les circonstances.

On doit les assurer du soutien de la Justice de sorte que les délinquants soient effectivement poursuivis, que les peines de prisons soient véritablement exécutées, quitte à ce que les détenus par un travail obligatoire contribuent aux frais de fonctionnement des établissements pénitentiaires.

Faut-il rappeler qu’il y a en France 66.500 détenus (pour 60.000 places opérationnelles) soit 100 détenus pour 100.000 habitants à comparer aux 2.3 millions de détenus aux USA soit 665 détenus pour 100.000 habitants , SIX FOIS PLUS QU’EN FRANCE

On doit exiger que dans chaque territoire « Force reste à la Loi », quitte à ce que dans des zones particulièrement sensibles un bouclage provisoire par l’Armée puisse intervenir jusqu’à la pacification totale des zones concernées.

Cette aide considérable apportée à nos forces de maintien de l’ordre et de lutte contre toutes formes de délinquance n’ira pas sans exiger en contrepartie de celles-ci une conduite exemplaire qui sera le meilleur moyen de les faire accepter, aimer et protéger par les populations.

Le port d’une caméra portative lors de toute interpellation pourra permettre par exemple d’avoir une vision précise du déroulement des faits qui éclairera la Justice.    

Une amplification substantielle de nos services de renseignement permettra par les moyens techniques et humains mis en œuvre une meilleure prévention, une infiltration des bandes de trafiquants, une lutte anti-terroriste efficace.

Notons par exemple que 300.000 téléphones mobiles sont chaque année saisis dans les prisons françaises où ils ont été illicitement introduits de différentes manières. Ils permettent aux trafiquants de tous ordres de continuer à diriger tranquillement leurs réseaux depuis leur cellule alors que des dispositifs techniques efficaces existent qui permettraient de brouiller leurs signaux (ou de les écouter) !

Nous reviendrons lorsque nous parlerons plus spécifiquement de la Justice sur les différents types de détention qui devraient coexister dans un pays moderne voulant à la fois réprimer mais aussi soigner et préparer les réinsertions des condamnés.

A suivre…

 

Annexe

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, né en France d’une famille d’origine malienne de 4 épouses et 17 enfants (sic) , perdait la vie dans une caserne de gendarmerie.

Deux heures après son interpellation à Beaumont-sur-Oise les protestations de sa sœur Assa Traoré  sur les conditions de sa mort allaient pendant de longs mois se muer en un combat antiraciste accusant les forces de l’Ordre d’homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger.

Connu des gendarmes pour plusieurs « délits » il était inscrit dans les fichiers de la police pour recel, violences volontaires contre les forces de l’ordre, outrages, extorsions avec violence, menaces de mort, conduite sans permis, usage de stupéfiants, vol à la roulotte.

Bref, un Ange !

Le 19 juillet 2016  deux gendarmes (d’origine antillaise) à la recherche de son frère Bagui Traoré soupçonné d’extorsion de fonds avec violences sur personne vulnérable interpellent les deux hommes lors d’un contrôle d’identité. Adama, s'enfuit en courant, craignant sans doute d'être interrogé sur les 1 330 Euros en liquide et le cannabis qu’il transportait, trouvés par la suite sur son corps.

Une fois rattrapé par l’un des gendarmes, Adama fait mine de sortir ses papiers, puis le bouscule et reprend la fuite. Après une course épuisante il est rattrapé une seconde fois, et menotté. C’est là qu'un individu qui ne sera pas identifié intervient, violente le militaire qui se retrouve à terre ce qui permettra à Adama de s'enfuir une troisième fois !

Grâce aux indications d'un témoin, chez qui il s'est finalement réfugié, les Gendarmes le retrouvent, constatent qu’il n'est plus menotté et le maîtrisent en effectuant un plaquage ventral réglementaire.

Epuisé par ses courses et emmené en voiture il fait un malaise pendant le trajet, qui aurait duré entre trois et quatre minutes. Les pompiers appelés le trouvent, mains menottées dans le dos ne respirant plus, ils tentent vainement de le ranimer avant de déclarer sa mort.

L'homme chez qui il s'était dissimulé le décrira par la suite comme un homme  « essoufflé » au point de ne plus pouvoir parler, témoignage sur lequel se fondera l'expertise médicale pour exonérer les gendarmes.

Après que l'autopsie ait confirmé que le jeune homme souffrait d'« une infection très grave, touchant plusieurs organes » et aurait fait « un malaise cardiaque », le procureur indiquera qu’il n'aurait pas subi de violences, ce que confirmera une seconde autopsie, demandée cette fois par la famille.

D’autres expertises successives rechercheront les causes de l'asphyxie et l’existence d’une pathologie antérieure et l’expertise médicale de synthèse conclura deux ans après, le 14 septembre 2018, que « le pronostic vital » d'Adama Traoré était « engagé de façon irréversible », bien avant que les gendarmes ne l'arrêtent une troisième fois les exonérant ainsi de toute responsabilité dans les causes de sa mort.

Pourtant, en mars 2019, une contre-expertise médicale financée par la famille reviendra sur ces conclusions et privilégiera une asphyxie mécanique comme responsable du décès, ce qui entraînera une reprise de l’instruction jusqu’à ce qu’une nouvelle expertise le 29 mai 2020 conclue finalement qu'Adama Traoré est bien décédé « d'un œdème cardiogénique » attribué à différentes pathologies (sarcoïdose pulmonaire, cardiopathie hypertrophique, drépanocytose et concentration élevée de cannabis  dans un contexte de stress et d'efforts physiques intenses liés aux fuites successives).   

L’affaire continuera pourtant ainsi d’expertises légales en contre-expertises payées par la famille pendant de longs mois jusqu’en 2020 dans le respect des droits des différentes parties.

Assa, la sœur d’Adama Traoré  qui endossera le rôle de chef de famille à la mort de son frère, affirmera dès le départ qu'il s'agit d'une « bavure policière » accusant les gendarmes d'avoir tué son frère en l'écrasant avec le poids de leurs corps.

A noter cependant que dans cette fratrie, plusieurs frères d'Adama Traoré ont des démêlés avec la justice :

Bagui (déjà condamné à 19 reprises) était recherché par les gendarmes lors du décès d'Adama, pour extorsion de fonds avec violences sur personne vulnérable. Il sera une nouvelle fois condamné à 30 mois de prison le 25 avril 2018 puis le 23 mai 2019, à nouveau à un an pour trafic de stupéfiants.

Son frère Youssouf, présenté comme « un des organisateurs principaux » d'un trafic d’ampleur régionale est condamné à deux ans et demi de prison.

Son frère Yacouba est condamné à 3 ans de prison ferme pour l'incendie d’un bus puis à nouveau le 15 mars 2017 à 18 mois de prison ferme pour avoir roué de coups avec une planche en bois l'accusateur d’un viol.

Serene, autre frère d'Adama Traoré, est condamné à 4 mois de prison ferme et 600 euros d'amende pour outrage 

Samba, lui, est condamné  le 30 mai 2018 à quatre ans de prison, dont 18 mois avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans pour violences avec arme contre un épicier de Beaumont-sur-Oise.

Le 13 septembre 2020, un cousin d’Adama Traoré se noie dans la Seine à Bougival en tentant d’échapper à la police après un vol de motos.

Bel exemple d’intégration de cette famille malienne qui pendant 5 ans grâce au charisme d’Assa Traoré, manifestera avec le concours de plusieurs artistes, à de nombreuses reprises dans différentes villes, mobilisera les anti-flics sur les réseaux sociaux, récoltera des fonds importants, obtiendra l’appui de certaines organisations comme SOS Racisme ou La France Insoumise  jusqu’au 17 juillet 2021, date de la cinquième marche anniversaire du décès d'Adama Traoré suivie d'un concert de soutien à la famille par différents artistes dont de célèbres rappeurs

Cette affaire est exemplaire car en raison de la suspicion d’une éventuelle « bavure policière » elle démontre la patience de la Justice qui a permis d’attester après d’innombrables expertises que les actes indispensables à la manifestation de la vérité ont bien été réalisés, malgré les interventions quasi quotidiennes des médias et de multiples avocats dont certains prestigieux.

Heureusement que les deux gendarmes étaient antillais car sinon l’accusation de racisme n’aurait jamais cessé (l’un d’eux a pourtant été qualifié de « traitre »)

Que faudrait-il alors penser si la Gendarmerie française se comportait comme la Police américaine, tellement plus brutale, qui n’aurait pas plaqué au sol mais carrément abattu le fugitif ?

Pierre Chastanier

 
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