Hominidé, humilité et spiritualité Lettre#24 27/5/2018

   

Hominidé, humilité et spiritualité

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Le penseur occidental s’éloigne de la pleine conscience. Il croit que la sagesse consiste à enterrer définitivement l’animal primal tapi en lui et à s’élever au-dessus de lui. Il estime légitime de se dissocier des espèces animales, niant qu’il n’est qu’un animal plus évolué que les autres. La destruction de nos prédateurs entretient le tabou. Aucun animal n’est autorisé à se nourrir de nos dépouilles, il n’est pas question d’être rabaissé au statut de viande, ce n’est pas dans l’ordre du monde. Nous nous sommes érigés en maîtres sur une nature inanimée, réduite à de la matière sans esprit, en ressources à notre disposition, et occultée en miroir du soi. Pour cela, il a fallu défigurer l’animal réel, en faire le symbole de tous les vices de l’humain (il serait féroce, bestial, stupide, incapable de maîtriser ses pulsions, incapable de se projeter dans l’avenir...).

Et pourtant, même si les autres animaux n'ont pas un langage aussi impressionnant que l'homme, cela ne les empêche pas d'être rationnels. Dans l’un de ses premiers carnets, Darwin se donnait à lui-même la consigne suivante : « Oublie l'usage du langage et ne juge que par ce que tu vois ». Quand nous observons le comportement des animaux non humains, nous pouvons constater que ceux-ci sont, tout comme nous, doués de raison, que le langage intervienne ou non.

   

Humilité

Mais tout ce que ne connait pas l’homme civilisé, tout ce qu’il ne comprend pas, est indigne de lui, inférieur à lui. Il veut vivre en toute solitude cosmique, sans avoir à connaître son environnement, les puissances animales, végétales, écosystémiques, qu’il considère comme inférieures, négligeant l’intelligence intrinsèque de tout être vivant, la méprisant, l’écrasant par sa « supériorité ». L’humilité, la véritable humilité, pas celle à laquelle nous demandons à autrui de se conformer mais celle qui guide chacun de nos gestes et de nos pensées au quotidien, dans le monde profane ou dans le monde sacré, impose d’admettre que « Nous sommes tous apparentés », comme le déclaraient les Lakotas après avoir fumé le calumet.

Quelques êtres éclairés ont eu conscience de notre erreur tragique. Charles Darwin écrivait dans ses carnets de 1838, vingt et un ans avant la parution de son « Origine des espèces » : « Il n’existe pas une différence de nature entre l’homme et l’animal mais une différence de degré » (...) L'homme, dans son arrogance, se croit une grande œuvre digne de l'intervention d'un dieu. Il est plus humble, et je pense plus vrai, de le considérer comme créé à partir des animaux. » Dans « La Descendance de l'homme » (1871) et « L'Expression des émotions chez l'homme et chez les animaux » (1872), il affirme que l'homme est gouverné par les mêmes lois que le reste de la nature, et que nous-mêmes, comme les autres animaux, descendons de formes de vie plus primitives, ce que la science a, depuis, démontré. Il écrivit : « (...) les animaux donc, pourraient partager notre origine à travers un ancêtre commun, et il se pourrait que nous soyons tous les mailles d'un même filet. »

   

Hominidé

Aujourd’hui, nous savons que, en ce qui concerne ce dernier postulat, Darwin avait raison. Les primates ont entre 85 et 50 millions d’années, les premiers singes modernes environ 35 millions d’années. Viennent ensuite les hominoïdes, ancêtres communs aux hommes, aux chimpanzés et aux gorilles. Le dernier ancêtre commun entre hommes et grands singes pose encore beaucoup de questions, il semblerait que les lignées se soient séparées il y a au moins 13 millions d'années. Selon les hypothèses actuelles, l'homme et les grands singes ont continué à évoluer encore pendant plusieurs millions d'années, après l’ère du miocène moyen, au gré de mutations génétiques aléatoires et de la sélection naturelle. Les ancêtres directs des humains et des chimpanzés se seraient séparés il y a 6 à 7 millions d'années, c’est-à-dire assez « récemment ».

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C’est pourquoi, Jane Goodall, primatologue, éthologue et anthropologue britannique, peut tout-à-fait, et sans rencontrer de contestations, nous rappeler aujourd’hui de qui nous sommes les héritiers. Dans son documentaire intitulé « Jane », présenté à l’UNESCO le 19 janvier 2018, Jane Goodall était, à l’époque du tournage, une jeune femme inexpérimentée de 24 ans, mais surtout la première personne à observer les primates dans leur milieu naturel, en Tanzanie. Libérée de tout préjugé, elle dressa alors le portrait inédit de nos cousins en mettant en exergue nos ressemblances. Nous pourrions être convaincus que l’animal est un être pur et que l’humain est un être perverti. En réalité, et Jane Goodall en fait le constat, la violence, la brutalité, qui peuvent être les nôtres, sont un héritage direct des grands singes, et/ou de notre ancêtre commun. Hommes et chimpanzés ont le même goût de la guerre. Franchir la haute barrière de notre estime de nous-mêmes demande un immense effort d’imagination car il s’agit bien d’admettre que, malgré notre évolution, notre éducation, nous ne pourrons pas nous départir totalement de cette « animalité », celle-ci étant définitivement inscrite dans nos gênes.

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Spiritualité

Au regard de nos connaissances actuelles sur notre origine et notre nature profonde, serons-nous un jour capables de nous transcender et de tourner le dos à nos instincts primaires ? Saurons-nous abandonner l’anthropocentrisme auquel on nous a habitués et accéder à la pleine conscience ? Pouvons-nous envisager de devenir des êtres suffisamment spirituels pour établir et faire régner la concorde universelle ?

Vanessa D.

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