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Avatar ou l’Alliance entre la conscience et le vivant 25/4/2021
   
      
Avatar : de la conciliation des contraires
à l'Alliance entre l'Humain et la Nature *

 

Avatar viendrait du sanskrit « avatara » qui signifie : descente. Au sens originel du mot, un avatar est donc une réincarnation, une descente, sur terre de Vishnou. On dénombre dix avatars, parmi lesquels Krishna et Bouddha.

James Cameron, véritable roi du box-office, est également le réalisateur de Titanic, le plus grand succès de l’histoire du cinéma, en termes de recettes bien évidemment, record qui a été battu par Avatar justement. Dans Titanic, la conciliation des contraires est omniprésente : l’opulence des premières classes et le dénuement des troisièmes classes, la bourgeoise (Rose) et le manant (Jack), la pauvreté et la richesse, le masculin et le féminin, la naissance et la mort etc. Les symboles maçonniques y sont également presents.

La conciliation des contraires est omniprésente dans ces œuvres et leur succès planétaire montre à quel point ce thème est universel.

Aatar, sorti en 2009, est une expérience sensorielle d'immersion dans un monde repoussant les limites visuelles connues du cinéma. S'agissant d'une expérience cinématographique, James Cameron a développé son projet en utilisant tous les moyens dont disposait le cinéma. Outre l'exploration inédite du tournage virtuel pour créer ce monde, James Cameron a opté pour le format Imax, pour sa résolution d'image exceptionnelle et le gigantisme du cadre afin que le spectateur ne puisse sortir des "bords" de ce monde.

En l’an 2154 (quand on additionne les chiffres de cette année, on tombe sur 3, chiffre symbolique), Jake Sully, ancien marine, paraplégique, accepte de remplacer son frère décédé et de participer au programme Avatar. Il est envoyé sur la planète Pandora à 4,4 années-lumière du Système solaire, habitée par les Na’vis, une espèce indigène humanoïde. Considérée comme dangereuse, primitive et hostile par les Terriens, ils vivent en harmonie avec leur environnement et peuvent se « connecter » et communiquer avec les animaux et les plantes, par la pensée et les sensations. Les humains cherchent de l’unobtanium sur Pandora. Il s’agit d’un minerai clé pour résoudre la crise énergétique sur Terre. Le plus gros gisement se situe sous les racines d’un arbre gigantesque qui abrite un clan Na’vi, les Omaticayas.

Ainsi l’homme, la terre ayant épuisé ses ressources, se tourne vers l’univers , la conquête de l’espace. Selon Jung : « c'est l'insatisfaction qui pousse à la recherche et à la découverte de nouveaux horizons ». N’est-ce pas l’insatisfaction de notre vie profane qui nous a poussé à frapper à la porte du Temple ? Nous venons en Loge chercher ce que la vie profane ne peut nous donner.

Chaque « avatar » est créé génétiquement à partir d’ADN de Na’vi et de l’ADN de son « pilote ». Cet être de synthèse posséde un corps Na’vi ainsi qu’un cerveau humain, contrôlable à distance par l'équipe scientifique grâce à des ordinateurs. Jake, dont les jambes sont paralysées, prend le contrôle de son avatar et découvre la joie de pouvoir marcher à nouveau . Lorsque Jake Sully entre dans son caisson technologique pour passer d’humain à un avatar Na’vi, il illustre symboliquement le passage entre le monde extérieur, plus physique, et un monde intérieur, plus subtil et sacré.

Dans cette fiction, les voyages aller-retour de Jake Sully sont souvent douloureux ; il n’en sort jamais indemne. Le voyage initiatique est une expérience fondamentale pour l’Homme : il est même une nécessité, l’outil de son émancipation et l’occasion de découvrir d’autres aspects de sa personnalité. Mais ce voyage est également une épreuve car il présuppose une confrontation avec soi-même et cet exercice est difficile. Le vrai voyage est toujours un voyage intérieur, une plongée dans notre être profond sur lequel nous allons poser un regard neuf. Ce regard correspond à une réelle découverte car il participe du « Connais-toi toi-même » de Socrate. En ce sens il est le premier pas vers la connaissance, celle de soi, puis celle des autres. Alfred de Musset dans La nuit d’octobre l'illustre parfaitement : « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître. Nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert ».

Ce film évoque aussi la difficulté du retour à l’état de simple humain lorsqu’on abandonne ce qui multipliait nos pouvoirs. Les avancées scientifiques, d’abord conçues pour soulager les souffrances humaines, permettent aussi de transformer la « nature humaine ». Si les modifications de nos capacités naturelles sont désirables dans un premier abord, ne nous déshumanisent-elles pas et ne nous entrainent-elles pas sur des voies qui ne sont pas celles de l’évolution naturelle de l’Homme depuis quelques millions d’années ?***Lors de sa première sortie, Jake échappe de peu à la mort. Alors qu’il est arrivé dans l’arbre-maison des Omaticayas, avec une certaine méfiance, ceux-ci prennent la décision de garder Jake avec eux et de lui apprendre leur culture. Humilité du héros, volonté d’apprendre, capacité à laisser ses métaux à la porte du village en quelque sorte. Ainsi il se différentie des humains qui l’ont précédé, lesquels restaient enfermés dans leurs préjugés et leurs certitudes. L’héroïne Neytiri lui rappelle notamment qu’il est très dur de remplir une coupe déjà pleine et que l’on n’apprend pas à voir comme Antoine de Saint Exupéry aurait pu le lui souffler.

Lors de chaque voyage, Jake Sully apprend les usages des Omaticayas et se familiarise avec leur mode de vie. Dans les trois (!) mois qui suivent, l’Apprenti Jake découvre les Na’vis et leur environnement, sous la surveillance sévère de Neytiri. Sur le principe du compagnonnage opératif, il apprend à se déplacer, à chasser puis à maitriser la langue, les mœurs et les traditions. Il est enfin considéré par le clan comme faisant partie des Omaticayas après une cérémonie où les énergies circulent. Nous avons ici une application du thème philosophique de la conversion. Envoyé comme espion au sein de la communauté des Pandoriens, Jake effectue sa mission avec fidélité et dévotion mais, peu à peu, il réalise que les valeurs de ses hôtes sont supérieures à celles de son groupe d’origine. Il finit par trahir.

Il n’est d’ailleurs pas le seul et tous ceux qui font ce pas de côté doivent ensuite « mourir » à ce qui était leur état antérieur, que cela se traduise par une mort physique définitive ou des épreuves très douloureuses. Il faut par ailleurs noter que la conversion n’est possible que pour ceux qui ont le courage d’aller à la rencontre de la différence et de s’astreindre à la quête de la connaissance de l’autre, une Conciliation des Contraires en quelque sorte.

L'arbre

Le chef du programme Avatar commande alors aux forces aériennes de détruire l’Arbre-Maison des Omaticayas. Les Na’vis, dirigés par Jake Sully, vont entrer en guerre contre les humains. Dans un combat épique comme seul Hollywood en produit, ils semblent écrasés par ces derniers. Mais alors que tout semble perdu, des milliers d’énormes animaux furieux sont envoyés par Eywa, la “divinité” Na’vi qui personnifie la nature - Heiwa qui signifie paix ou harmonie en japonais -. Ils déferlent sur les troupes humaines et les déciment. Lors des dernières scènes, les Terriens abandonnent la planète sous l’œil attentif des Na'vis. Certains terriens ont aidé les Na’vis ; ils resteront sur Pandora.

Les Na’vis sont redevenus maîtres de leur planète grâce à leur fusion efficace avec la nature. Sous le signe de cette nouvelle alliance entre l’Humain et la Nature, notre héros, Jake, meurt et renait avec l’aide d’Eywa. Les Na'vis, transfèrent définitivement l’esprit de Jake dans le corps de son Avatar. Il devient un Na'vi comme les autres. La scène montrant Neytiri enceinte de Jake - la conciliation de contraires fusionnant dans cette nouvelle allaince, le 1+1=3 - a été coupée de la version grand public. Dommage car elle illustre la pérennité de cette transformation à laquelle le nouveau monde nous appelle.

En effet, chez l’être non éveillé, l’âme est prisonnière de la gravité du corps. Il s’agira de briser les chaines de l’âme pour qu’elle puisse s’élever vers le principe supérieur. Selon Irène Mainguy dans « La Symbolique Maçonnique », le cabinet de réflexion invite le postulant à mourir à lui-même pour renaître et l’incite à poursuivre le parcours de son existence, en rectifiant, afin d’éveiller sa conscience à une autre dimension pour donner un autre sens à sa vie. C’est exactement ce qui arrive à notre héros, Jake Sully..

Avatar évoque également l’hypothèse Gaïa, appelée également hypothèse biogéochimique. Certes c’est une hypothèse controversée, fondement de l’écologie profonde, avancée notamment par l’écologiste anglais James Lovelock en 1970.

Selon cette thèse la Terre serait « un système physiologique dynamique incluant la biosphère et maintenant notre planète depuis plus de trois milliards d’années, en harmonie avec la vie ». L’ensemble des êtres vivants sur Terre serait ainsi comme un vaste organisme appelé Gaïa, d’après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la Terre. Il réaliserait l’autorégulation de ses composants pour favoriser la vie. Lovelock cite à l’appui de son hypothèse la composition de l’atmosphère qui aurait été régulée au cours du temps de manière à permettre le développement et le maintien de la vie. Ce ne sera d’ailleurs pas Jake Sully qui fera la différence dans le combat entre Terriens (naturalistes au sens de l’anthropologue Français Philippe Descola) et Pandoriens (animistes au sens de Descola) mais la Planète elle-même qui sauvera ses membres vivants (et Jake par la même occasion) : « L’harmonie c’est la conciliation des contraires et non pas l’écrasement des différences » (Jean Cocteau).

Le film Avatar débute avec un homme réel qui ouvre les yeux ; il s'achève avec un homme totalement virtuel qui renonce définitivement à l’ancien monde. L'Homme nouveau, l’homme “rené” est là. Le film suggère une voie pour résoudre l’opposition entre nature et culture ainsi que l’opposition entre intelligence et sensibilité. Avatar est un film sur la sensibilité à la vie, une invitation à dépasser notre approche égocentrée pour nous ouvrir à l’amour, à l’intuition et surtout à l’harmonie et à la beauté qui nous entourent. Le bonheur, l’éveil se trouvent dans l’harmonie. C'est un beau voyage vers la révélation de soi. Un beau voyage vers une nouvelle alliance avec la Nature, une alliance sans laquelle tant les hommes que la nature elle-même risqueraient peut-être de disparaître.
 

Caren K

* Cette lettre fait partie de la Lettre de la GLCS #46

 
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