Symbolisme de la Saint-Jean 11/9/2020
   

Le symbolisme de la Saint-Jean

Cette année 2020, notre rituel annuel du solstice d’été, nommé « Saint Jean d’été », n’a pu avoir lieu pour les raisons sanitaires bien connues.

Cet article, après avoir dépeint le rituel de la GLCS, le rapprochera de la rencontre extra-ordinaire, contée par la Bible, de Moïse, avec le Créateur du monde. Il évoquera les cérémonies équivalentes de quelques autres obédiences ainsi que l’histoire de la fête du solstice d’été. Nous analyserons ensemble en quoi cet exemple est typique du travail maçonnique.

Le rituel de la GLCS, silencieux et solennel, regroupe Sœurs et Frères de l’Obédience, ainsi que leurs très proches, debout, autour du TRGM :. et de ses Officiers. Ces derniers sont disposés autour d’un bûcher. Ils forment une étoile à 5 branches.

Le TRGM :. se situe à l’est. Devant lui, à gauche le Secrétaire, et à droite le second Surveillant. Un peu plus loin, à gauche le 1er Surveillant, et à droite l’orateur.

Chacun reçoit une  bougie en début de cérémonie. L’étoile à 5 branches est ainsi allumée.

Le TRGM :. et les 2 Surveillants reçoivent un fagot de bois. Grappes de raisin et épis de blé seront disposés autour du feu.  

Le TRGM :. rappelle que ce jour est le plus long de l’année, et que cette célébration a été nommée « St Jean d’été » car elle correspond à la fête de St jean le Baptiste, de même que le solstice d’hiver correspondra six mois plus tard à celle de St Jean l’Evangéliste.

Le TRGM :. précise aussi que qu’il ne s’agit pas d’une fête religieuse mais, ainsi que l’ensemble de la maçonnerie le prévoit, d’une cérémonie qui "prend en compte la tradition pour en extraire la richesse symbolique en lien avec le cosmos".

Cette fête se tient au moment précis où le soleil apparaît à son apogée et dans sa plus grande puissance. Le jour où l’hémisphère nord est le plus proche du soleil.

Les proportions du bûcher sont « 3 coudées pour la base, 4 pour la hauteur et 5 pour l’hypoténuse ». Le rituel précise qu'il se trouve « sous un dais parsemé d’étoiles ». Il est gardé par les 5 officiers qui représentent les 5 points de l’étoile afin que « ce qui est en bas soit comme ce qui est en haut ». Que « le ciel se reflète sur la terre » et que « le ciel et la terre s’unissent ».

5 membres de l’assistance ainsi que les surveillants puis le TRGM :. apportent leur contribution : des branches d’arbre.  

Les officiants allument chacun le bûcher, et le Secrétaire rappelle que « la flamme spirituelle transmise ne doit jamais s’éteindre ». Le TRGM :. dit que ce feu symbolise la lumière, source de toute vie. 

La célébration se clôturera bientôt, après quelques paroles du TRGM :. et la chaîne d'union.

Saint Jean

Revivre cette cérémonie ne peut, pour ceux qui le connaissent, manquer d’évoquer le célèbre passage de la Bible, qui raconte la rencontre du Créateur du monde avec Moïse. Analysons les différents points-clé :

-          1 – le buisson qui ne se consume pas

Le Texte biblique – Exode 3 - indique que Dieu apparaît à Moïse dans un buisson ardent qui ne se consume pas... Ce « buisson » qu'ont constitué nos FFetSS :.  en apportant 5 arbres de la terre.

La flamme spirituelle, selon le rituel, ne doit jamais s’éteindre. N’est-ce pas le propre de ce buisson ?

Le mot biblique exprimant le feu est le mot hébraïque de 2 lettres ESh, qui signifie le déploiement de la présence divine dans l’espace. Ce feu est le symbole du Créateur du monde, source de toute vie, déployant sa transcendance dans notre espace. Feu indomptable, incontrôlable.

Les 2 lettres Aleph et Shin, du mot ESh, sont respectivement la première et l’avant-dernière lettre de l’alphabet. Elles représentent ainsi un raccourci pour nommer toutes les lettres de l’alphabet, à l’exclusion de la dernière, donc tous les mots construits avec ces lettres -  Comme si on disait : de A à Z, mais sans le Z. Or cette dernière lettre est la fin de l’alphabet, donc représente le concept de terminaison, de fin, voire de mort. Il s’agit donc de décrire ce qui vit.

Ce feu est éternel, comme l’est le Créateur du Monde. Il ne saurait donc s’éteindre. Ni même se consumer, ce qui serait une extinction progressive et/ou partielle.

2 – les dimensions du bûcher et de l’équerre du VM :.

Voici un élément qui semble extraordinaire tant le hasard est peu probable ici. Les dimensions du bûcher sont 3 4 5. Vous aurez bien sûr reconnu le fameux triangle de Pythagore. Ce savant génial, né au 6ème siècle avant notre ère, grand voyageur en quête de connaissances ésotériques et scientifiques, spécialiste de l’arithmosophie : la connaissance ésotérique des nombres. Il avait dit-on passé 12 ans à Babylone, où les Juifs avaient été exilés quelques années auparavant, et où il aurait rencontré de grands savants.

La numérologie peut s’avérer bien utile pour comprendre les mystères. La numérologie biblique se nomme Gematria, même s’il s’agit ici d’algèbre et pas de géométrie. Elle associe un nombre à chaque lettre. Il se trouve que ce nombre 345 est la valeur numérique du nom de Moïse. Moise, Moshe dans le Texte, a pour valeur numérique 345 !

Le TRGM :.  rappelle, lors de ce rituel, que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Or, lorsque Moïse est appelé à rencontrer le Créateur du monde, celui-ci lui ordonne d’aller voir le Pharaon et de lui dire de laisser sortir le Peuple hébreu d’Égypte. Moïse répond alors : « soit. Mais comment vais-je te nommer auprès de mes frères, quel est ton nom ? » 

Dieu répond alors que son nom est « ehie acher ehie » soit, en traduction " je serai celui que je serai". Vous connaissez cette formule. Sa valeur numérique en est 543.

345 et 543. Ces deux nombres celui de Moïse : 345 et celui du GADLU : 543, indiquent une symétrie parfaite. Celle de deux parties du monde, en face l’une de l’autre.  Tels deux espaces séparés par un miroir, l’espace divin et celui des hommes se trouvent face à face.

Leurs deux nombres respectifs sont en miroir, ils sont les exacts inverses l’un de l’autre.

Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, c’est-à-dire en ordre inversé...

Ce miroir est ce que le rituel nomme le « dais parsemé d’étoiles », la séparation cosmique entre le haut et le bas. Le Texte Biblique indique que le Soleil, la Lune et les étoiles, y ont été disposés.

Nous pouvons donc légitimement envisager que le rituel maçonnique pourrait bien transposer ici la scène biblique de la rencontre cosmique entre Moïse symbolisant l’humain, avec Dieu symbolisé par le feu de ce bûcher, qui donne la vie et rassemble tout en Lui.

Tous rassemblés autour des Officiers, qui, avec le TRGM :. au premier chef, représenteraient Moïse, les FFetSS :. seraient le Peuple. ils apportent leurs branches des arbres de la terre, contribuent à alimenter ce feu éternel grâce à la nature, à se connecter à la spiritualité  et à représenter l’humanité, pour lui transmettre la flamme qui ne meurt jamais. 

Il est clair qu’il n’y a rien de religieux ici. Ces notions uniquement spirituelles s’appuient sur une rencontre mythique, elle-même hautement spirituelle. Elle a lieu le jour où le soleil est à son apogée, c’est-à-dire où la lumière spirituelle atteint son maximum. Elle relie toutes les personnes présentes d’un amour fraternel –des frères, face au Créateur-Père. Ce père est le sens générique du "premier", celui qui était avant, au début de tout. Avant tout, avant la Création, avant nous tous. 

-          3 - Les rituels maçonniques

Regardons si les rituels des autres obédiences nous éclairent. Je remercie ici chaleureusement mes Bien-Aimés Sœurs et Frères d’autres Obédiences qui m’ont offert de partager leurs propres rituels de la fête du solstice d’été.

Leurs rituels rappellent qu'à ce moment d’apogée de la lumière, les FF :. et SS :. travaillent à la gloire du GADLU. Cette occasion est reliée à Jean le Baptiste, témoin de la lumière, tout comme Moïse était témoin de l’existence du GADLU, tout comme le Peuple Hébreu est appelé le Peuple du Témoignage, et comme tous les présents lors de la cérémonie GLCS étaient  témoins de cette lumière du feu.

Ils rappellent aussi que l’étoile flamboyante est le symbole du programme Pythagoricien. Pythagore et son triangle 345...

Elles disent également que le Créateur du monde est un grand géomètre... Celui qui disposerait en face l’un de l’autre les deux triangles 345 et 543. Le GADLU est bien le mathématicien de la Géométrie dans l’espace et aussi l'algébriste de la Gematria...

Une obédience attire notre attention sur le fait que les deux espaces sont en miroir : non pas " ce qui est en haut est CE qui est en bas" mais "comme ce qui est en bas"... lui-même mais inversé.

La notion d’inverses est extrêmement subtile. L’un est indissociable de l’autre, et, à eux deux, ils forment l’unité. Ils ne sont pas exactement identiques mais complémentaires.  Comme l’a dit le célèbre mathématicien Gödel, pour comprendre un système, il est nécessaire de l’approcher de l’extérieur. Ici pour comprendre notre univers, l’approcher par son inverse : les Cieux. 

Les Obédiences font allusion au cycle du soleil, qui se dit en Hébreu SheMeSh. Ce mot est la contraction du mot SheM et du mot MeSh. Deux mots inverses. SheM signifie "le nom", qui est la désignation par le Peuple Hébreu du Créateur, qu’ils ne nomment pas. Et MeSh est son inverse. SheM - MeSh. En contraction : SheMeSh.

SheM Mesh est donc à la fois la présence du GADLU et son inverse. Quand le soleil est au sommet de son cycle, le GADLU se dévoile dans le feu avec toute sa splendeur. C’est ce que précise aussi l’Évangile de Jean cette fois l’Evangéliste et non le Baptiste. Il exprime notamment, et ceci est repris par notre rituel, que la lumière brille dans les ténèbres : le MeSh existe et est l’inverse du SheM, imbriqué avec lui. Il existe, dans l’obscurité, lorsque le soleil ne se voit pas. Mais sa lumière brille quand même. Une lumière inversée.

Dans le rituel de la Grande Loge, le F :. Expert évoque explicitement le buisson ardent biblique.

Ainsi que le fait que nombre de cultures ont vu l’humain rendre un culte au soleil, quasiment représentant de la divinité sur terre.

Le rituel de la GLDF précise également les dimensions de l’équerre du VM:. : 3 4 5. IL établirait bien ici le parallèle avec Moïse. Nous sommes ici en présence de deux situations à mettre en perspective :

-          Le VM avec les 4 officiers agissent ici au nom des FFetSS :. mais au-delà, représentent toute l’humanité. Ils en sont les ambassadeurs.

-          Moise agissait au nom du Peuple Hébreu, mais au-delà, de toute l’humanité dont ils sont les ambassadeurs.

 

Revenons aux deux Jean : Jean-le Baptiste, cousin de Jésus et son aîné de 6 mois, et Jean l’Evangéliste, sont les deux Jean que les cultures ont souvent rapprochés.

 

Le Jean Baptiste et le Jean Evangéliste, fêtés à 6 mois d’écart, symbolisent aussi les deux extrêmes dans le cycle récurrent de la course de la Terre autour du Soleil : le début de l’été pour le premier et la renaissance de la vie après l’hiver pour le second. Ils ont souvent été associés, pour ne pas dire assimilés, par exemple dans l’appellation des « loges de St Jean ».

Dans une perspective historique plus large, Il n’est pas étonnant que l’humanité, dans de nombreuses cultures et pour ce qui concerne la France, dans de nombreuses régions, fête le solstice d’été. La lumière y est à son apogée. Et ceci par des danses autour du feu soleil. Cette fête païenne s’est ensuite christianisée pour honorer Jean le Baptiste, né un 23 juin. Les premiers ont fêté le sommet du soleil. Les seconds célèbrent Jean Baptiste, mais toujours autour d’un feu qui finalement symbolise la lumière universelle.

Les FF :. de la GLDF rappellent ainsi que célébrer Jean le Baptiste, c’est célébrer celui qui, avec humilité, annonce la lumière à venir à savoir, pour les Chrétiens : Jésus, et qui s’effacera quand la lumière sera à son apogée. La fête chrétienne de la St Jean d’été se situe le jour de la naissance de Jean le Baptiste. Jean, Juif de famille sacerdotale, fils du prêtre Zacharie, était supposé appartenir au courant essénien.  Il a baptisé de nombreux contemporains, et Jésus lui-même.

L’Obédience OITAR célèbre la fête de la St Jean de manière proche. Son rituel appelle l’attention sur l’étoile à 5 branches, qui réunit le  ciel et la terre, et, tout comme le  rituel GLCS, sur le fait que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.  Chacun contribue à apporter sa branche d’arbre pour mettre en place le buisson. OITAR précise comme la GLCS les dimensions du bûcher 3 4 5.

 

En résumé, les obédiences qui ont communiqué leurs rituels de la St Jean, ont des versions très similaires : elles sont articulées autour d'un bûcher de dimensions 3 4 5, alimenté par des apports humains sous formes de branches d’arbres donc de la nature. L’idée est de célébrer la lumière maximale, créatrice de la vie, en ce jour de son apogée, et de rappeler les deux espaces cieux et terre en inverses, qui s’unissent à ce moment-clé, où la Terre est le plus proche du Soleil.

Le symbole 345 construit et porté par les humains représentés par le TRGM :., qui s’unissent ensemble solennellement pour se situer en face du 543, symbole du Grand Architecte, se situer en reflet des cieux et collectivement s’unir aux cieux le jour où la lumière est maximale et la plus proche.

Les maçons sont disposés autour du feu qui ne s’éteint pas car sa lumière est éternelle. Un feu qu’ils alimentent car ils veulent contribuer à éclairer le monde et lui transmettre la lumière reçue lors des travaux. 

Cette scène mythique biblique, dont les symboles ont été ensuite célébrés par des païens, a été reprise par la tradition chrétienne qui a introduit les deux Jean, eux-mêmes rappelant le Janus romain à deux têtes. Puis par la maçonnerie, dont le rituel rappelle étrangement le mythe originel et qui nomme cette fête avec un nom de Saint chrétien.

Syncrétisme global.

Cette analyse pourrait fournir un exemple de la manière dont nos Ordres Maçonniques s’appuient sur des sources très anciennes pour transmettre une vision et faire travailler les maçons sur ses symboles.

La vision de maçons, ambassadeurs de l’humanité, réunis solennellement pour célébrer leur rencontre avec le GADLU, et sa lumière, et se relier à Elle.

Devenant le reflet de cette lumière, et porteurs de cette lumière à son apogée, désireux de la retransmettre vers le monde. D’où la fraternité, la richesse intérieure et aussi l’immense responsabilité des maçons. 

Eliane M.

 
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